29/11/2016

POTTSVILLE, 1280 HABITANTS

Pottsville 1.jpgQuatrième de couverture : Shérif de Pottsville, 1280 habitants, Texas, au début du vingtième siècle, Nick Corey mène une vie routinière pas trop fatigante dans la mesure où il évite de se mêler des affaires de ses administrés. Débonnaire, apparemment pas très malin, il se laisse même contester et humilier en public. Comme si ça ne suffisait pas, il est cocu et aux prochaines élections, il pourrait perdre sa place. Il décide donc de commencer à faire le ménage…

Première traduction intégrale du plus célèbre roman de Jim Thompson, un classique incontournable.

"Un roman toujours cité, jamais égalé" - Jean Patrick Manchette

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur : Jim THOMPSON

Pottsville 2.jpgJim Thompson est né le 27 septembre 1906 à Anadarko, Oklahoma et mort le 7 avril 1977 à Los Angeles, Californie.  Il a écrit plus de trente romans la plupart entre la fin des années 1940 et la moitié des années 1950, sa période faste. Peu reconnu pendant sa vie, la notoriété de Thompson s’est accrue dans les années 1980 avec la réédition de ses livres et l’adaptation de certains au cinéma.

Sa propre vie est presque aussi colorée que ses œuvres de fiction. Beaucoup de ses romans sont en partie autobiographiques. Le père de Jim Thompson était un sheriff en Oklahoma. La famille émigre ensuite au Texas où Jim se met à écrire et à publier des nouvelles dès son adolescence. Il travaille comme groom dans un hôtel de Fort Worth pendant la prohibition. Il fournissait aux clients de l’hôtel de l’alcool et même de l’héroïne ou de la marijuana. Pendant qu’il travaillait à l’hôtel le nuit il continuait à aller à l’école le jour. Pendant plusieurs années, Thompson écrit pour de nombreux magazines à scandales, racontant les affaires criminelles à la première personne. Il rejoint le Parti Communiste en 1935 (qu’il quitte dès 1938). En 1942 paraît le premier roman de Thompson (Ici et Maintenant) un travail semi autobiographique inspiré par sa courte période passée dans une usine d’aviation dans les premiers mois de la Seconde Guerre mondiale.

En 1955 il est appelé par James Harris et Stanley Kubrick pour écrire le scénario de The Killing (L'Ultime Razzia), tiré d'un court roman de Lionel White. Kubrick s’attribuera l’écriture du scénario ne laissant à Thompson que les « dialogues additionnels ». Cette polémique autour du « crédit » se règlera à l'amiable avec l'assurance pour Thompson d'être le scénariste pour la prochain film de Kubrick, Paths of Glory (Les sentiers de la gloire). C'est aussi ce projet qui incitera Thompson à déménager à Hollywood. Thompson va rester le reste de sa vie en Californie. Il meurt à l’âge de 71 ans après une série d’attaques cardiaques, sa santé fragile étant aggravée par son alcoolisme chronique.          

 

 

Mon avis : Nick Corey est vraiment un shérif très spécial, couard, paresseux, il aime par dessus tout manger, dormir et passer d'une femme à l'autre, il se présente un peu crétin mais en réalité il est d'un machiavélisme extraordinaire.

On se prend à avoir de la sympathie pour ce personnage amoral, sans scrupule, cynique, manipulateur, menteur, calculateur, c'est vrai qu'il raconte lui-même sa vie et qu'il prend le lecteur à témoin comme si nous étions des amis.

Les femmes qu'il fréquente sont du même genre que lui, grossières et prêtes à tout pour assouvir leurs envies. L'ambiance du Sud juste après la première guerre mondiale est perceptible, le racisme envers les noirs, les paysans illettrés, bouseux , le bordel, les lynchages, etc. rien n'y manque.

L'humour est noir, corrosif du début à la fin, un roman qui se lit très facilement et qu'on a de la peine à abandonner.

 

En Marge du livre :

pottville 5.jpgCe roman a été adapté au cinéma par Bertrand Tavernier qui en a fait "Coup de Torchon". Une adaptation assez libre puisque le réalisateur situe son scénario en Afrique, les Noirs du Sud du roman de Jim Thompson deviennent les indigènes des colonies.

Tavernier fait une transposition personnelle du récit de "Voyage au bout de la nuit" de Céline située dans l'Afrique coloniale à la veille de la Seconde Guerre mondiale tout en s'imprégnant de "Voyage au Congo" d'André Gide (1927).

Le film a été tourné au printemps 1981 dans le nord-ouest du Sénégal, notamment à Saint-Louis et aux environs de Louga.

26/11/2016

LA MELANCOLIE DE LA RESISTANCE

mélancolie 1.jpgQuatrième de couverture : Quel danger plane sur cette petite ville du sud-est de la Hongrie? Quelle est la nature du malaise qui l'agite et quelles sont les raisons de la révolte qui gronde? Nous suivons Mme Pflaum, une des habitantes de la ville, et nous la voyons se débattre avec une menace jamais nommée.

Ni son intérieur petit-bourgeois, ni les opérettes retransmises à la télévision ne peuvent la protéger du désordre ambiant. Son ennemie, Mme Eszter, l'appelle à l'aide pour mener " campagne contre la destruction ", mais la venue d'un cirque et l'exhibition d'une baleine sèment le trouble dans la communauté, puis précipitent la ville dans une explosion de violence.

A partir d'un magistral chapitre d'exposition décrivant le voyage en train de Mme Pflaum, La mélancolie de la résistance avance crescendo, telle une plongée hypnotique, dans un monde fascinant et crépusculaire.

Les univers de Kafka, de Beckett ou même de Thomas Bernhard ne sont pas loin dans cette œuvre où l'auteur place au centre la question de la condition humaine dans nos sociétés post-nietzschéennes.

 

 

 

L'auteur : László KRASZNAHORKAI

 mélancolie 2.jpg

Nationalité : Hongrie

Né(e) à : Gyula , le 05/01/1954

Biographie :

Après des études brillantes aux facultés de Szeged et de Budapest, László Krasznahorkai publie pour la première fois ses textes dans un journal en 1977. La même année, il devient documentaliste pour une maison d'édition, Gondolat et prend des cours du soir à la faculté d'art. En 1983, il est de nouveau diplômé mais cette fois-ci en littérature et en hongrois, il rencontre cette année-là, Mórics Zsigmond (écrivain et dramaturge hongrois) avec qui il se lie d'une amitié très forte.

En 1985, László publie son premier roman "Tango de Satan". L'année suivante, il publie un recueil de nouvelles avant d'écrire le scénario du film "Damnation" dirigé par Tarr Béla.

Les années 90 sont prolifiques pour l'écrivain puisqu'il écrit de nombreuses nouvelles et certains de ses livres sont adaptés au cinéma. Il commence alors à voyager au Japon, en Bosnie, pays dans lesquels Krasznahorkai se fait de nombreuses relations. Surtout au pays du soleil levant qui l'invite plusieurs fois à venir faire des conférences.

Aujourd'hui László Krasznahorkai continue de monter en tant qu'écrivain et étend son emprise littéraire à travers le monde entier. Il reçoit le prix Kossuth en 2004 et le Prix international Man Booker en 2015.

 

 

Mon avis : Après la découverte de deux écrivains hongrois, Imre Kertész et Sándor Márai, dont les romans que j'ai lus avaient principalement comme cadre la seconde guerre mondiale, j'avais envie de découvrir un auteur contemporain et je ne sais plus très bien ni comment, ni pourquoi, mon choix s'est porté sur  László Krasznahorkai.

Aucune comparaison possible, tout les différencie, autant les premiers sont d'un style classique très agréable à lire, autant László Krasznahorkai est déconcertant.

Un livre bizarre, burlesque, mystérieux et attachant, du grand art mais il faut s'accrocher tant le style et le thème sont déroutants.

De très longues phrases, un peu complexes, truffées de digressions et de parenthèses, il m'est arrivé de relire plusieurs fois la même phrase afin d'en bien saisir les idées et le sens. J'ai progressé petits morceaux par petits morceaux tant l'écriture demande une grande attention et un effort de compréhension. C'est à la fois surréaliste, fantastique et humoristique, László Krasznahorkai nous entraîne dans un univers noir, il détaille avec une précision chirurgicale les quatre personnages principaux de l'histoire.

Les thèmes principaux sont la peur, le chaos, la destruction de la société, les rapports humains. Une menace omniprésente mais jamais bien définie, la peur d'un cataclysme, d'un je ne sais quoi de surnaturel, quelque chose va arriver, quand, où, pourquoi, un espèce de suspens psychologique captivant.

Les personnages sont assez grotesques, caricaturaux à l'extrême, ils nous entraînent l'un après l'autre dans leur vision bien personnelle des évènements, chacun avec ses préoccupations, ses priorités et ses psychoses. Petit à petit on assiste à la destruction et à l'effondrement de la vie sociale, et l'arrivée d'une armée, qui fait penser aux évènements qui ont entraîné les pays de l'Est vers des régimes politiques totalitaires, va sans doute changer la vie quotidienne.

Un roman difficile à tout point de vue, mais plus on avance et plus on a envie de savoir quelle est la raison de cette peur, que va t-il arriver à cette petite ville hongroise ?

Le roman est extraordinaire et la fin est absolument géniale, les six dernières pages relatent, en une description scientifique très précise, la putréfaction d'un corps humain, comme une preuve que nous portons tous en nous le processus de destruction.

 

En marge du livre : Rien de tel qu'un extrait, pour imager le style de l'auteur.

"Il regarde ce visage, avec derrière lui l'obscurité aveuglante du recoin du mur; il nota le nez busqué, le menton mal rasé, les paupières enflées, la peau écorchée sous la pommette gauche, et ce qui était effroyablement difficile pour lui était moins de ne pas y déceler le sens de cette furie extrême que de trouver un lien de parenté entre ce visage et celui de la veille, place du marché; il lui fallait admettre que celui vers qui le destin l'avait conduit après sa sortie avec  Mr Eszter, sur la place du marché, et celui qui aujourd'hui dirigeait cette haine sans merci et dépeçait impitoyablement (peut-être involontairement) sa vie entière ne faisaient qu'un, car il était indiscutable que derrière ces épouvantables traits se cachait le visage de la veille, et des jours précédents, jusqu'à celui de l'innocence originelle, avec ce regard d'une froidure fantomatique, qui affichait, ce qui par ailleurs était réel, qu'avec son autorité incontestable, autrement dit sa supériorité en matière de cruauté, c'était lui qui orchestrait chaque mouvement de cette irrésistible marche destructrice, et qu'il savourait chaque étape du calvaire et de l'effondrement de Valuska, ce mélodrame si brutalement instructif qu'il offrait à son protégé - lui suggérant que c'était là le prix à payer pour sa guérison - avec un plaisir évident.

Plus il regardait ce visage, moins il trouvait énigmatique cette "froideur fantomatique" car ce regard ignorant la pitié reflétait peut-être simplement ce qu'il avait été, lui, dans sa rêverie maladive, incapable de voir pendant trente-cinq ans; peut-être, pensa Valuska, mais il s'empressa de rectifier : "non, pas peut-être, c'est absolument certain !", comme pour mieux souligner l'importance de l'instant, l'instant où - comme projeté sur son ancien moi - il sortit enfin de son coma prolongé, et bien sûr, de sa douce et grisante rêverie."

 

 

 

31/10/2016

UN FOND DE VERITE

vérité 1.jpgQuatrième de couverture : Fraîchement divorcé, Teodore Szacki a quitté son travail de procureur à Varsovie et débarque dans la paisible bourgade de Sandomierz, où il compte bien refaire sa vie. Mais six mois à peine après avoir abandonné l’agitation de la capitale et l’asphyxie de son mariage, il s’ennuie déjà.

Heureusement, devant l’ancienne synagogue de la vieille ville, du travail l’attend : un corps de femme drainé de son sang, tout comme dans un rite sacrificiel juif… Lorsque le mari de la victime subit le même sort, la population de la ville renoue avec des peurs vieilles de plusieurs décennies. Aux prises avec une flambée d’antisémitisme sans précédent, Szacki va devoir plonger dans un passé aux échos douloureux, et tenter de trouver la vérité dans une histoire qui déchaîne toutes les passions.

 

 

 

 

 

 

L'auteur : ZYGMUNT MILOSZEWSKI

 

vérité 2.jpegNé à Varsovie en 1976. Écrivain, journaliste et scénariste, il publie en 2005 son premier roman d’horreur, Interphone, très remarqué par la critique, puis il enchaîne les succès, notamment avec la trilogie mettant en scène le procureur Szacki.

Récompensé par plusieurs prix dans son pays, il a été finaliste en France du Grand Prix des lectrices de ELLE, du prix du Polar à Cognac, et du prix du Polar européen du Point. Après Les Impliqués (Mirobole) et Un fond de vérité (Mirobole), La Rage est son premier roman à paraître chez Fleuve Éditions.

 

Mon avis : Avant la lecture de ce roman, si j'avais dû citer un écrivain polonais, j'aurais eu bien du mal, Gombrowicz peut être mais je ne suis pas sûr que le nom me serait revenu. Zygmunt Miloszewski, je ne suis pas prêt de l'oublier tant ce "fond de vérité" m'a séduit.

Voilà un thriller très bien construit, un polar qui tient la route, palpitant jusqu'à la dernière page.

L'auteur plante le décor à Sandomierz, une petite ville de Pologne à 200 km au sud de Varsovie. Il nous fait véritablement découvrir la ville, les noms des rues, les bâtiments historiques, les restaurants, tout est parfaitement exact, un vrai parcours touristique qui donne  envie de visiter la ville. Personnellement, j'ai suivi le récit en parallèle sur "Google Earth" et la fonction "Street view", de quoi me plonger littéralement dans l'action et suivre pas à pas le procureur Szacki.

Ensuite il se sert d'un tableau peint par Charles de Prévost, exposé à la cathédrale de Sandomierz (pas sûr qu'il y soit encore !), tableau qui a comme thème "le rituel du sang", une allégation anti-juive ou antisémite selon laquelle les Juifs assassineraient des enfants non juifs à des fins rituelles, la confection de pains azymes. Dans toute légende, il y a un "fond de vérité".

Une façon d'aborder la Pologne des années 2000 et ses fantômes du passé, notamment l'antisémitisme de la société catholique polonaise.

L'auteur se sert à merveille de ce contexte pour construire un récit brillant, passionnant, une enquête captivante jusqu'au bout avec tous les ingrédients nécessaires (humour, sexe, mystères, ... ) pour nous offrir un excellent polar.

 

En marge du livre : Le meurtre rituel juif

vérité 4.jpgEn 1945, une vague de pogroms, déclenchée par des rumeurs de meurtres rituels qui auraient été perpétrés par les juifs , déferle sur la Pologne. Tout commence à Chelm fin mars début avril : la milice accuse plusieurs juifs, torturant même l’un d’eux, d’avoir saigné « un petit garçon chrétien ». La rumeur se propage ensuite à Rzeszów où le meurtre inexpliqué d’une jeune fille, attribué à un rabbin local, suscite les débordements des 14 et 15 juin 1945. Deux mois plus tard, le 11 août, c’est à Cracovie que la foule se jette sur des juifs, quand un jeune garçon surgit d’une synagogue de la rue Miodowa en criant qu’elle contient des cadavres d’« enfants chrétiens ». En juin 1945, ces accusations gagnent Przemysl ; puis, en août, Kielce, Radomsko, Lódz, Zwolen, Bydgoszcz, et de nouveau Chelm.

Les troubles les plus violents, fondés sur des allégations de meurtres, éclatent à Kielce où 42 juifs sont tués l’année suivante, les 4 et 5 juin 1946. Au lieu de retomber, la vague de persécutions submerge ensuite d’autres villes et d’autres régions de Pologne, atteignant Tarnów, Cracovie, Czestochowa, Radom, Ostrowiec, etc.

https://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2010-2-...