18/03/2018

LA RAGE

roman policier, zygmunt miloszewski, pologneQuatrième de couverture : Cap au nord-est de la Pologne, à Olsztyn. C'est là que le procureur Teodore Szacki officie désormais. Ce nouveau fief est le théâtre d'une enquête tortueuse qui va sortir Szacki de l'ennui. Un cadavre brûlé par des armes chimiques et composé d'ossements provenant de plusieurs victimes est retrouvé sur un chantier. Absorbé par cette affaire, le procureur ne prend pas la pleine mesure d'une plainte déposée pour violences conjugales. Mis en cause par sa hiérarchie, Szacki, poussé à bout, va alors connaître la rage, celle des justiciers assoiffés de vengeance...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

roman policier, zygmunt miloszewski, pologneL'auteur : Zygmunt MILOSZEWSKI

Zygmunt Miloszewski est un écrivain et journaliste polonais né le 8 mai 1976 à Varsovie.

Journaliste au quotidien populaire Super Express depuis 1995, il est essentiellement chroniqueur judiciaire. A partir de 2003, il travaille pour l’édition polonaise de Newsweek ; il y tient toujours une chronique sur les jeux vidéo.

Zygmunt Miloszewski commence à publier nouvelles et romans à partir de 2004. Il obtient à deux reprises (2007 et 2011) le prix du meilleur roman policier polonais Nagroda Wielkiego Kalibru.

Plus récemment, en janvier 2015, il gagne le prix Paszport Polityki dans la catégorie littérature. Zygmunt Miloszewski est notamment l’auteur d’une série de romans policiers dont le héros récurrent est le procureur Teodor Szacki.

En France, Zygmunt Miloszewski est traduit Kamil Barbarski ; ces traductions ont été sélectionnées pour :    Le Prix SNCF du polar (SNCF) ;

    Le Prix du polar européen (Le Point) ;

    Le Grand prix des lectrices de Elle, catégorie policier (ELLE) ;

    Le Prix Polar de Cognac (Meilleur roman international 2014).

 

Mon avis : J'avais découvert avec beaucoup de plaisir cet auteur et le procureur  Szacki dans un roman qui m'avait séduit : "Un fond de vérité".

Cet avec le même plaisir que j'ai lu ce deuxième roman, même s'il m'a semblé un peu moins abouti que le précédent.

L'auteur nous emmène avec le ténébreux procureur Szacki, flanqué d'un jeune adjoint plutôt rigide, dans un autre coin de la Pologne, Olsztyn une ville du Nord-Est qu'il décrit avec beaucoup de réalisme, d'humour et d'ironie. Il y va par petites touches, l'intrigue se construit morceau par morceau, digression après digression, comme un puzzle qui prend doucement forme et qui nous tient en haleine jusqu'à la fin. Un scénario d'une belle créativité et d'une intelligence certaine, certes un peu tortueux, mais qui tient bien la route.

Zygmunt Miloszewski ne s'en tient pas uniquement à l'enquête ou plutôt aux enquêtes car une deuxième vient se greffer sur la première, il aborde également différents thèmes comme la violence conjugale, la relation père-fille, la vie de couple,  et surtout la société polonaise dont il fait un portrait assez acide sans oublier quelques références historiques.

Zygmunt Miloszewski est à classer parmi les très bons auteurs de romans policiers.

 

 

roman policier, zygmunt miloszewski, pologneEn marge du livre : la ville d'Olsztyn

Olsztyn (allemand : Allenstein, en vieux polonais : Holstin, en latin : Holsten, en vieux-prussien : Allenstein), est une ville de Pologne sur le Łyna (Alle), chef-lieu de la Voïvodie de Varmie-Mazurie, dont elle est également la plus grande ville. Entre 1975 et 1998, Olsztyn fut la capitale de la voïvodie d'Olsztyn. Située à peu près à mi-chemin entre Varsovie et Kaliningrad (ex-Kœnigsberg), Olsztyn est un important centre économique et culturel du nord de la Pologne. Population - 175 482 (2012).

La ville est le chef-lieu du powiat d'Olsztyn ainsi que du powiat-ville d'Olsztyn.

La ville, qui comptait près de 180 000 habitants vers 2010, vaut une journée de visite.

La Wysoka Brama (Haute porte), seul élément des murailles du XIVe siècle épargné par la guerre, est encore l'entrée officielle qui mène à la vieille ville, reconstruite dans les années 1950-1955, où ont été préservés un certain nombre de bâtiments de style Sécession. Cependant, les bâtiments récents de style baroque et Renaissance sont ici typiques de l'architecture stalinienne et n'ont pas grand rapport avec la ville même.

On peut y admirer le nouvel hôtel de ville (1912-1916) de style néo-Renaissance variante néogermanique, l'ancienne mairie, en style gothique tardif, restaurée pour le 650e anniversaire de la fondation de la ville en 2003, et plusieurs églises, dont la Katedra Św. Jakuba (cathédrale Saint-Jacques) du XIVe siècle, de style gothique. À l'intérieur de cette dernière, se trouvent un autel de la Sainte-Croix avec un triptyque Renaissance du XVIe siècle figurant la Crucifixion et un autel néogothique dédié à la Madone d'Ostrobrama (fin du XIXe siècle). Sa haute tour de 60 mètres date de 1596.

Le principal édifice de la ville reste le château gothique en brique rouge du chapitre de la cathédrale (XIVe siècle), résidence fortifiée des évêques de Varmie. Il abrite aujourd'hui le musée régional de Varmie-Mazurie, où se trouve une collection d'art et de mobilier régional, d'art populaire et d'artisanat datant parfois du XVIIe siècle et des trouvailles des fouilles archéologiques réalisées dans les environs.

Située dans la région des grands lacs de Mazurie, Olsztyn se trouve à proximité de quinze lacs, dont les lacs Dadaj, Długie, Kortowskie, de Krzywe, Lanskie, Pluszne, de Rejdykanya, d'Ukiel et de Skanda. On peut y faire des croisières ou louer un bateau pour se déplacer de façon autonome.

 

 

16/03/2018

LES PASSEURS DE LIVRES DE DARAYA

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Lu et commenté par Marie-Line

Quatrième de couverture: De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre années de descente aux enfers, rythmées par les bombardements au baril d’explosifs, les attaques au gaz chimique, la soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari insolite d’exhumer des milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, calfeutrée dans un sous-sol de la ville.

Leur résistance par les livres est une allégorie : celle du refus absolu de toute forme de domination politique ou religieuse. Elle incarne cette troisième voix, entre Damas et Daech, née des manifestations pacifiques du début du soulèvement anti-Assad de 2011, que la guerre menace aujourd'hui d'étouffer. Ce récit, fruit d'une correspondance menée par Skype entre une journaliste française et ces activistes insoumis, est un hymne à la liberté individuelle, à la tolérance et au pouvoir de la littérature.

 

 

Daraya 2.jpgL'auteur: Delphine MINOUI

 

Delphine Minoui est grande reporter au Figaro, spécialiste du Moyen-Orient. Prix Albert Londres 2006 pour ses reportages en Iran et en Irak, elle sillonne le monde arabo-musulman depuis 20 ans. Après Téhéran, Beyrouth et Le Caire, elle vit aujourd'hui à Istanbul, où elle continue à suivre de près l’actualité syrienne. Elle est également l'auteur des Pintades à Téhéran (Jacob-Duvernet), de Moi, Nojoud, dix ans, divorcée (Michel Lafon), de Tripoliwood (Grasset) et de Je vous écris de Téhéran (Seuil).

 

Ma critique:

"A travers les mailles d'une mauvaise connexion internet, unique lucarne sur le monde extérieur, il me raconte sa ville dévastée, les maisons en ruine, le feu et la poussière, et dans tout ce fracas les milliers d'ouvrages sauvés des décombres et rassemblés dans ce refuge de papier auquel tous les habitants ont accès. Des heures durant, il évoque en détail ce projet de sauvetage du patrimoine culturel, né sur les cendres d'une cité insoumise. Puis il me parle des bombardements incessants. Des ventres qui se vident. des soupes de feuilles pour conjurer la faim. Et de toutes ces lectures effrénées pour se nourrir l'esprit. Face aux bombes, la bibliothèque est leur forteresse dérobée. Les livres, leurs armes d'instruction massive."

Dès les premières pages, le récit prend aux tripes, s'insinue dans le cœur et le fait gonfler d'espoir. Dès les premières pages, j'ai senti que cette lecture serait un coup de cœur et, en effet, je ne l'ai plus lâchée jusqu'à la dernière ligne! Les larmes ont coulé quelques fois, le souffle s'est coupé souvent, mille sentiments se sont bousculés, la raison s'est dérobée, le cœur s'est déchiré... d'autant plus qu'il ne s'agit pas d'un roman mais d'un témoignage! Et si, n'étant pas une spécialiste de la politique internationale, je n'ai pas toujours tout compris, j'ai été très ébranlée par ce récit, qui laisse un gout amer et sans nul doute une trace indélébile!

 

Daraya 4.jpg

"Les voilà, ces jeunes de Daraya. Les voilà zigzaguant dans les gravats, des piles de livres dans les bras.

Derrière eux, un décor de désolation. Immeubles éventrés. Taule arrachée. Murs lacérés. Collines de béton reconquises par les herbes folles. Et ce sourire sur les visages, petite victoire face au chaos, à chaque fois qu'ils déterrent de nouveaux trésors de papier."

10/03/2018

NOUR, POURQUOI N'AI JE RIEN VU VENIR ?

Lu et commenté par Marie-Line

nour 1.jpgQuatrième de couverture: "Je suis, depuis des mois, travaillé par une question lancinante, qui revient cogner en moi comme une migraine, récurrente, familière. Pourquoi de jeunes hommes et jeunes femmes, nés dans mon pays, issus de ma culture, dont les appartenances semblent recouvrir les miennes, décident-ils de partir dans un pays en guerre et de tuer au nom d'un Dieu qui est aussi le mien ? Cette question violente a pris une dimension nouvelle le soir du 13 novembre 2015, quand cette évidence effrayante m'a déchiré intérieurement : une partie de moi venait de s'en prendre à une autre partie de moi, d'y semer la mort et la douleur. Comment vivre avec cette déchirure ? Ainsi a pris forme, peu à peu, ce dialogue épistolaire entre un père et sa fille partie faire le djihad... Ce dialogue impossible, difficile, je l'ai imaginé." R. B.

Adapté au théâtre sous le titre "Lettres à Nour"

 

 

 

 

nour 2.jpgL'auteur: Rachid BENZINE

Rachid Benzine est né en 1971 à Kénitra au Maroc, il est un islamologue.

Arrivé en France à l'âge de sept ans, il devient plus tard champion de France de kickboxing. Avant de s'orienter vers des études d'Histoire et d'islamologie.

Il a enseigné à l'Institut d'études politiques d'Aix en Provence, dans le cadre du Master "Religions et société", et a été chercheur associé à l'observatoire du religieux. Il a également donné des cours à la faculté catholique de Louvain La neuve et à la faculté de théologie protestante de Paris.

Rachid Benzine est notamment codirecteur de la collection Islam des lumières aux éditions Albin Michel.

Écrivain prolixe, il s'attache à penser un islam en phase avec notre temps et s'investit également dans le dialogue islamo-chrétien.

 

 

Ma critique:

Nour, c'est une jeune universitaire, élevée par un père veuf qui a eu à cœur de lui transmettre ses valeurs philosophiques et éthiques, un esprit critique, le respect de l'humain et de la vie. Et pourtant, sans que son père n' ait rien vu venir, Nour part pour Falloujah, se marie et s'engage en toute bonne foi dans le djihad. Pourquoi? Parce que Nour, c'est cette jeunesse désenchantée qui cherche un sens au présent et rêve d'un monde meilleur, c'est la jeunesse fougueuse qui a encore l'énergie de ses convictions, qui est persuadée de la justesse de ses combats et les défends corps et âme...

En face de Nour, il y a l'incompréhension, la tristesse et surtout l'amour indéfectible d'un père qui cherche à ramener son enfant à la maison. Sous forme épistolaire, ce court roman (car il s'agit bien d'une fiction) nous rapporte l'impossibilité du dialogue, les arguments des uns et des autres, la terreur, la tristesse, l'amour...

"Nour, pourquoi n'ai-je rien vu venir?" de Rachid Benzine est né d'une question douloureuse et donne 90 pages interpellantes parce que l'on peut entendre les arguments des deux parties que Benzine nous rapporte sans jugement, sans prise de position, 90 pages qui montent en intensité et en émotion... Et même si ce récit n'apporte pas de réponse, il a le mérite d'éclairer notre réflexion et d'ouvrir notre esprit loin des clichés et des préjugés. Et pour cela, il est incontournable.

https://youtu.be/6qjsE_qS674

 

En marge du roman: Falloujah - La cité des mosquées

nour 3.jpgFalloujah est connue en Irak comme la « cité des mosquées » en raison du nombre élevé de temples dans la ville et sa région immédiate (plus de 200). La ville a été pendant longtemps le centre intellectuel le plus important des musulmans sunnites de la région.

Comme bien des cités irakiennes, le site est occupé depuis plusieurs millénaires et on retrouve des traces importantes de la présence humaine remontant à l'époque babylonienne. La ville tire son nom actuel du terme araméen Pallugtha signifiant division ou régulateur du canal.

Falloujah est une petite ville sans grande importance durant la civilisation perse et sous les califes arabes. L'ère ottomane ne redonna pas à Falloujah le lustre et le prestige de son passé et, en 1947, lors de l'indépendance de l'Irak, elle ne comptait que 10 000 habitants. Durant les 50 ans qui suivirent, la population de la ville fut multipliée par 25.

Durant la régime de Saddam  Hussein, la ville a bénéficié des largesses et des bienveillances du chef de l'État.  Plusieurs usines, y compris des usines de fabrication de voitures pouvant éventuellement servir dans un contexte militaire et trois des cinq principaux sites de production d'armes chimiques irakiennes, ont été construites dans la ville. Certaines ont été fermées par les inspecteurs des Nations unies, arrivés en Irak après la défaite de 1991.

Durant la Première Guerre du Golfe, en 1991, la ville a subi des bombardements meurtriers. À deux reprises, plusieurs infrastructures civiles essentielles ont été détruites et une bombe s'est abattue sur un marché, tuant 1.360 civils et créant un sentiment de colère dans la population.

nour 5.jpgLa combinaison de ces facteurs a fait de Falloujah l'un des endroits les plus dangereux pour les troupes de la coalition qui prit le contrôle du pays après la Troisième Guerre du golfe en 2003, ainsi que pour les troupes gouvernementales. On compte plus de 60 morts parmi les forces coalisées, tombés sous les coups des insurgés.

Le 31 mars 2004, quatre citoyens des États-Unis qui travaillaient pour la société militaire privée Blackwater USA, une entreprise chargée de former des militaires et de fournir des mercenaires pour le compte de l'armée des États-Unis, sont tués. Leur corps, brûlés par l'incendie du véhicule tout-terrain où ils avaient pris place, ont été traînés par des véhicules, mutilés et pendus à un pont par la population civile en liesse.

Le résultat est le siège de la ville par l'armée américaine et le déclenchement de nombreux combats avec des forces rebelles qui causeront la mort de 600 à 800 personnes du côté irakien.

Ce siège connut des cessez-le-feu, des passages humanitaires pour fournir la ville en médicaments. Mais, il connut des attaques de type guérilla du côté des insurgés et des meurtres de civils de la part des troupes américaines.

Au début du mois de mai 2004, les forces américaines lèvent le siège. Pour les insurgés, ce retrait est signe de leur victoire. La ville serait alors devenue une sorte de République islamique enclavée, dont la loi était appliquée par les moudjahidins.

En novembre 2004, après la réélection du président George W. Bush, l'armée des États-Unis reprend le contrôle de la ville à la suite de combats sanglants. Les bombardements intensifs de l'aviation et surtout de l'artillerie américaine seront les plus meurtriers pour cette ville : plusieurs organisations humanitaires ont estimé le bilan entre 4 000 et 6 000 morts civils.

Dans les années qui ont suivi la bataille, le nombre de malformations congénitales graves et de cancers a augmenté de façon très importante. Ces malformations pourraient être dues à l'utilisation d'armes polluantes par l'armée américaine, munitions à l'uranium appauvri ou enrichi.

Depuis le retrait des américains fin 2011, un gouvernement à majorité chiite dirige l'Irak. La ville de Falloujah devient alors l'épicentre de la contestation sunnite notamment lorsque fin 2012 le seul ministre sunnite du gouvernement s'y réfugie alors que ses gardes du corps sont arrêtés.

Entre le 3 et le 4 janvier 2014, la ville de Falloujah est prise par des combattants de l'État islamique. Les alentours de la ville demeurent toujours sous contrôle de l'armée irakienne.

La nourriture est rationnée de manière discriminante par les occupants, ce qui provoque de grandes tensions au sein de la population civile. Le 19 février, la police de l'EI bat une femme voilée mais qui ne portait pas de gants — les règles très strictes du groupe islamiste imposent que les femmes ne doivent jamais sortir en montrant un peu de peau nue — ce qui est le déclencheur d'une révolte tribale armée contre le groupe terroriste. L'armée irakienne proche n'intervient pas, hormis quelques bombardements contre les djihadistes. Les combats durent jusqu'au 21 février, date à laquelle Daech reprend le contrôle de la ville. 200 émeutiers auraient été faits prisonniers.

Le 23 mai 2016, après avoir encerclé Falloujah, l'armée irakienne lance une offensive pour reprendre le contrôle de la ville. Malgré une résistance de plusieurs centaines de membres de l’État islamique toujours présents sur les lieux, elle reprend le 17 juin, le contrôle de la mairie située dans le centre-ville. Les djihadistes se replient dans les quartiers ouest. Pour cette opération, les Irakiens sont soutenus par la coalition internationale, notamment par l'armée américaine. Enfin, le 26 juin, les forces irakiennes annoncent la libération totale de la ville.