28/03/2015

MEMOIRES DE HONGRIE

Mémoires de Hongrie.jpgQuatrième de couverture

Antifasciste avant la guerre, "ennemi de classe" sous l'ère soviétique, témoin d'un monde qui se délite, Sándor Márai connut avant son exil officiel vers les États-Unis un tragique exil intérieur. Rédigés vingt ans après les événements évoqués, ces Mémoires composent une fresque saisissante de la Hongrie à une époque cruciale de son histoire et mettent en lumière le trajet bouleversant de l'auteur des Braises. Avec verve et sensibilité, Sándor Márai raconte l'entrée victorieuse des chars soviétiques en Hongrie en 1944 et l'instauration du régime communiste. L'écrivain doit se résigner à l'évidence : l'humanisme est assassiné, on assiste au triomphe d'une nouvelle barbarie à laquelle, une fois de plus, le peuple se soumet. Isolé et impuissant, Sándor Márai décide de quitter son pays: "Pour la première fois de ma vie, j'éprouvai un terrible sentiment d'angoisse. Je venais de comprendre que j'étais libre. Je fus saisi de peur", écrit-il la nuit de son départ, en 1948.

 

 

L'Auteur : SÁNDOR MÁRAI

Sandor Marai.jpgNationalité : Hongrie

Né(e) à : Košice (Slovaquie) , le 11/04/1900

Mort(e) à : San Diego (États-Unis) , le 22/02/1989

 

Biographie :

Sándor Márai (de son vrai nom Sándor Grosschmied de Mára) est un écrivain et journaliste hongrois.

Il connaît dès ses premiers romans un immense succès avec "Les Révoltés" (1930) et surtout "Les Confessions d'un Bourgeois"(1934). Antifasciste déclaré dans une Hongrie alliée à l'Allemagne nazie, il est pourtant mis au ban par le gouvernement communiste de l'après-guerre. Il s'installe à New-York et devient collaborateur de la Radio Free Europe de Munich. A partir de 1980 il vit avec son épouse Lola à proximité de leur fils Janos à San Diego en Californie.

Pendant ses 41 années d'exil, il poursuivra l'écriture d'une œuvre immense, en hongrois, qui comprend des romans - dont "Paix à Ithaque!"(1952) et "Les Métamorphoses d'un Mariage" (1980), l'important récit autobiographique, "Mémoires de Hongrie" (1972) et des journaux intimes (de 1943 à 1983). Ses livres sont publiés par des maisons d'édition hongroises en exil et ne peuvent circuler en Hongrie que sous le manteau.

En 1986, son épouse Lola, qui était devenue aveugle, meurt d'un cancer. Une année plus tard, son fils János décède également, à l'âge de 46 ans. Brisé par la disparition de ses proches et vivant dans un isolement de plus en plus complet, Márai se donne la mort huit mois seulement avant la chute du Mur.

Depuis le milieu des années 1990, Sandor Marai, redécouvert par les éditions Albin Michel, jouit dans le monde entier d'une réputation égale à celle d'un Zweig, d'un Roth ou d'un Schnitzler.

 

Mon Avis :

Il y a des livres qu’on n’oublie pas, soit par le sujet, soit par le style, soit par la force de l’écriture,  celui-ci en fait partie, il prend place parmi les tout bons livres que j’ai lus. J’ai choisi de le lire pour un peu mieux connaître l’histoire de mon pays d’adoption, ici c'est la période qui se situe à la fin de la deuxième guerre mondiale et l'après guerre sous la domination soviétique. L’auteur décrit d’une façon saisissante l’arrivée des « libérateurs » russes, ceux-ci sont impressionnés par son statut d’écrivain et le respecte. Il décrit leur état plutôt minable, mais aussi leurs vols pour manger ou simplement pour piller dans l’espoir de ramener leur maigre butin en URSS, ils sont à la fois voleurs, pilleurs et violeurs. Un jour les russes envahissent sa maison, ils s’y installent pour réparer leur matériel endommagé, un climat de confiance se met doucement en place comme une amitié jusqu’au jour où ces militaires s’en vont sans un regard, sans un geste.

Budapest est libéré, Sándor Márai y retourne, retrouve sa maison et sa bibliothèque en piteux état, la vie reprend tant bien que mal. Mais après la terreur nazie son pays est soumis à la terreur bolchévique et ce n’est pas mieux.

L’auteur vit misérablement de chroniques pour les journaux, il continue à écrire mais le régime communiste impose ses auteurs comme il impose la nationalisation. Tout qui semble ne pas approuver la bolchévisation de la Hongrie est arrêté, torturé, fusillé ou pendu, la triste « Maison de la Terreur », aujourd’hui musée, fonctionne à plein.

Il retourne à Paris où il avait déjà séjourné, retourne dans les cafés où il côtoyait Hemingway, Picasso et bien d’autres artistes jusqu’au jour où une voix lui dit, ta langue c’est le hongrois, tu écris en hongrois, tu retournes dans ton pays. Ce qu’il fait immédiatement mais il se rend compte que la vie d’écrivain est impossible, que sa vie est en danger. Il obtient un peu miraculeusement un passeport et il quitte définitivement le pays.

Difficile de résumer en quelques lignes un récit aussi riche, la plume de Márai est légère, il parle avec passion de son pays, de sa vie, il évoque les autres écrivains, le sort des juifs, les profiteurs, les délateurs dans un style fort et pourtant très littéraire. Même si le récit est très noir, si l’auteur est très pessimiste, ce livre est passionnant du début à la fin. Un très grand auteur sans doute encore trop méconnu à l’Ouest.

Extrait :

« Au fond, le penchant cruel de l’homme ne change guère  avec le temps et l’espace ; il n’existe pas de cruauté spécifiquement « asiatique » ou « moderne », tout au plus des périodes où – Dieu sait pourquoi ? – l’inhibition l’emporte sur ce penchant (il y a quelque cinq mille ans les Assyriens pouvaient s’enorgueillir d’une culture extraordinaire. Occupant le devant de la scène, ils étaient applaudis par les autres peuples. Leur juridiction était plus vétilleuse encore que le droit romain. Peu soucieux de représenter les détails individuels, leur art, notamment leur architecture, était d’une grandiloquente solennité. Par leur envergure, par leur conception du présent et de l’avenir, de l’humain et du surhumain, leur diplomatie, leur régime social, leurs vues religieuses étaient tout à fait « modernes ». Ce qui ne les empêchait pas – et n’empêcha pas les Chinois, les Romains, et, plus tard, les Français et les Anglais, les Allemands et les Russes- de se livrer à des actes d’une cruauté inouïe.)

Loin d’être propre à une époque, la cruauté constitue un phénomène intemporel qui traverse l’Histoire dans son ensemble. Grands bâtisseurs de temples et de systèmes de canalisation, protecteurs des arts, les Assyriens ne voyaient rien de répréhensible dans les tortures qu’ils infligeaient à l’ennemi vaincu, dont ils faisaient, sans hésitation, crever les yeux, couper la langue et les mains. Assurbanipal qui, à Ninive, fit écorcher vif le prince Araméen Ahijababa, empaler les membres de sa famille, empiler leurs crânes et brûler tous les jeunes de son pays, commémora ces actes « glorieux et empreints de sagesse » en faisant graver cette chronique sur du marbre noir. Quatre mille cinq cents ans plus tard, on fit de même à Auschwitz, à Katyn et à …Budapest, au 60 de l’avenue Andrássy. »

 En marge du livre :

La Maison de la Terreur

S'il y a un musée qu'il faut visiter et qu'il faut voir à Budapest, c'est bien celui de la Terreur. Tant par le bâtiment sombre et triste que par le contenu, riche en souvenirs et en émotions, qui plonge de manière parfaitement réaliste et sincère dans le Budapest occupé par les nazis, puis sous le communisme. Installé dans les anciens locaux qui servaient de quartier général au nazis hongrois durant la seconde guerre mondiale, puis à la police politique communiste, le bâtiment suffit à lui seul pour transmettre la terreur de l'époque. Dans la rue Andrassy, rue de la culture, la couleur grise du musée témoin des atrocités commises pendant la guerre tranche avec les couleurs festives des appartements qui bordent l'avenue. Les mises en scène et la musicographie sont très recherchées, accompagnées de témoignages très cinglants, un ensemble qui se veut pertinent pour la compréhension du fléau qui a touché des milliers de hongrois et d'européens. Le parcours est très bien ficelé, les visiteurs progressent au fur et à mesure dans le bâtiment, jusqu'à descendre complètement dans les cachots qui ont pour la plupart réellement été utilisés à l'époque. Une belle leçon d'histoire et de fraternité entre les peuples, qu'il faut prendre le temps de parcourir.
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budapest maison de le Terreur.jpgPour l’avoir visité, ce musée installé dans ce bâtiment sinistre de l’avenue Andrássy donne une vue très réaliste de cette période très difficile de l’occupation par les troupes nazies et ensuite par l’union soviétique. Une visite empreinte d’émotion, des témoignages et films d’époque, des reconstitutions, un climat lourd qui transmet bien la terreur de l’époque. Une visite qui complète très bien les propos de Sándor Márai, la couleur grise du bâtiment ajoute au témoignage des atrocités commises à cette époque et correspond en tout point aux pensées pessimistes de l’écrivain.

 Le café Emke

Budapest emke café.jpgL'écrivain en parle dans son récit avec notamment une scène surréaliste d'un officier hongrois à la solde des russes qui chaque jour vient dans ce café qui fut le premier à reprendre vie à Budapest à la fin de la guerre. Un passage savoureux et qui donne bien une idée de l'ambiance de l'époque pendant laquelle des moins que rien ont été nommés par les russes à des postes clefs.

 

S'il y a un musée qu'il faut visiter et qu'il faut voir à Budapest, c'est bien celui de la Terreur. Tant par le bâtiment sombre et triste que par le contenu, riche en souvenirs et en émotions, qui plonge de manière parfaitement réaliste et sincère dans le Budapest occupé par les nazis, puis sous le communisme. Installé dans les anciens locaux qui servaient de quartier général au nazis hongrois durant la seconde guerre mondiale, puis à la police politique communiste, le bâtiment suffit à lui seul pour transmettre la terreur de l'époque. Dans la rue Andrassy, rue de la culture, la couleur grise du musée témoin des atrocités commises pendant la guerre tranche avec les couleurs festives des appartements qui bordent l'avenue. Les mises en scène et la musicographie sont très recherchées, accompagnées de témoignages très cinglants, un ensemble qui se veut pertinent pour la compréhension du fléau qui a touché des milliers de hongrois et d'européens. Le parcours est très bien ficelé, les visiteurs progressent au fur et à mesure dans le bâtiment, jusqu'à descendre complètement dans les cachots qui ont pour la plupart réellement été utilisés à l'époque. Une belle leçon d'histoire et de fraternité entre les peuples, qu'il faut prendre le temps de parcourir.
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