08/05/2015

ETRE SANS DESTIN

Etre sans destin 1.jpgQuatrième de couverture :

Imre Kertész, juif hongrois, est déporté à Auschwitz puis en 1945 à Buchenwald où il est libéré. Il prend la plume huit ans après, prenant ainsi le temps de passer au tamis de sa mémoire la réalité des camps. Cette période longue entre la souffrance des camps et celle – vraisemblable -  de l’écriture explique sans doute l’esprit du livre.

Imre Kertész  fait un récit désincarné de la vie des camps, en suspension au dessus des événements tragiques qu’il a vécus. Il narre le fil des jours avec un regard d’entomologiste, se contentant de rapporter les faits, petits ou grands, d’une plume et d’une humeur égales, sans juger ni se livrer à la moindre analyse philosophique ou politique. Il se regarde vivre, avoir froid, faim, être dévoré par les pustules sans sentiment ni ressentiment. La fumée des fours crématoires vole au-dessus de sa tête. Il voit. Il sait et traite la corvée de pommes de terre presque sur le même ton. Tout juste l’écriture s’anime-t-elle un peu à la question : « Pourquoi moi ? Qu’ai-je fait ? » Sans qu’une réponse soit apportée.

Être l’objet et non le sujet de sa propre histoire, c’est être privé de sa liberté et donc  de son humanité ; c’est « Être sans destin ». Suprême  atrocité.

 

 

 

Etre sans destin 2.jpgL’auteur : IMRE KERTÉSZ

Nationalité : Hongrie

Né(e) à : Budapest, le 9/12/1929

Biographie :

Imre Kertész est un écrivain hongrois.

Né dans une famille juive modeste, d'un père marchand de bois et d'une mère petite employée, Imre Kertész est déporté à Auschwitz en 1944, à l'âge de 15 ans, puis transféré à Buchenwald. Cette expérience douloureuse nourrit toute son œuvre, intimement liée à l'exorcisation de ce traumatisme. Ses ouvrages ouvrent une réflexion sur les conséquences dévastatrices du totalitarisme et de la solitude de l'individu, condamné à la soumission et une souffrance silencieuse.

 Revenu à Budapest en 1945, il se retrouve seul, tous les membres de sa famille ayant disparu. En 1948, il commence à travailler comme journaliste. Mais le journal dans lequel il travaille devient l'organe officiel du Parti communiste en 1951, et Kertész est licencié. Il travaille alors quelque temps dans une usine, puis au service de presse du Ministère de l'Industrie.

 Congédié à nouveau en 1953, il se consacre dès lors à l'écriture et à la traduction. La découverte de "L'Étranger" d'Albert Camus lui révèle, à 25 ans, sa vocation. La philosophie de l'absurde devient un modèle fondateur pour son œuvre. À partir de la fin des années 1950 et tout au long des années 1960, il écrit des comédies musicales pour gagner sa vie. Il traduit de nombreux auteurs de langue allemande comme Friedrich Nietzsche, Hugo von Hofmannsthal, Arthur Schnitzler, Sigmund Freud, Joseph Roth, Ludwig Wittgenstein et Elias Canetti qui ont une influence sur sa création littéraire.

Dans les années 1960, il commence à écrire "Être sans destin", récit d'inspiration autobiographique qui constitue le premier opus d'une trilogie sur la survie en camp de concentration. Il évoque notamment le point de vue de la victime dans l'histoire et son conditionnement occasionnel, voire banal, à l'entreprise de déshumanisation menée par l'Allemagne nazie. L'ouvrage ne peut paraître qu'en 1975, pour un accueil assez modeste. C'est seulement après sa réédition, en 1985, qu'il connaîtra le succès.

 Tenu à l'écart par le régime communiste, Kertész ne commence à être reconnu comme un grand écrivain qu'à la fin des années 1980. Il obtient en 2002 le prix Nobel de littérature, «pour une œuvre qui dresse l'expérience fragile de l'individu contre l'arbitraire barbare de l'histoire».

 

Mon avis :

Roman ? Autobiographie ? sans doute un peu des deux, surprenant par le ton, un sujet qui ne laisse pas indifférent et une manière de l’aborder atypique.

L’histoire est racontée par un jeune adolescent juif hongrois de 15 ans que l’on peut identifier comme l’auteur lui-même. Au début, c’est assez surprenant qu’un sujet aussi grave puisse être vécu et raconté avec la candeur naïve de ce jeune homme, avec une espèce d’insouciance ou d’inconscience. Il ne conçoit pas la haine que les gens ont pour les juifs.

Il semble même accepter cette situation, comme si elle était normale.

De l’insouciance, le récit bascule tout doucement dans l’horreur, ce jeune homme découvre la faim, les coups, la maladie, les blessures, la mort. Un jour il se rend compte de la déchéance physique et morale de ses compagnons, à un point tel qu’il ne reconnaît plus certain. Le récit bascule dans le réalisme, la prise de conscience mais en gardant une certaine candeur. La fin du récit est tout aussi troublante, inattendue et étonnante.

Un récit bouleversant, par un auteur qui mérite amplement son prix Nobel de littérature.

 

Etre sans destin 3.jpgEn marge du livre : La Shoah hongroise

 

Une victime sur dix de la Shoah, à savoir environ 550.000 personnes, était d'origine juive hongroise ou déporté de Hongrie. Le 19 mars 1944, quand les troupes allemandes ont occupé la Hongrie, la majorité des Juifs hongrois étaient encore en vie. Selon les données officielles du recensement de 1941 et selon des estimations fiables, 725.000 personnes de religion juive et environ 100.000 convertis (Juifs convertis à la foi chrétienne) vivaient en Hongrie. Jusqu'au 15 mai 1944, Adolf Eichmann et son Sondereinsatzcommando d'environ 200 personnes ont organisé la stigmatisation, la spoliation et l'enfermement en ghettos de plus de demi-million de Juifs, tout cela accompagné d'un soutien discipliné, parfois expressément zélé des autorités hongroises, à la joie d'une partie non négligeable de la population et à l'indifférence de la majorité. La déportation massive des Juifs hongrois a commencé le 15 mai 1944. En moyenne de 3 à 5 trains par jour quittaient le bassin carpatique et de 8.000 à 12.000 Juifs arrivaient chaque jour à Auschwitz. Le 6 juillet, pour des raisons et des considérations qui ne sont toujours pas claires, Miklós Horthy, le Régent de la Hongrie (21 mars 1920 - 15 octobre 1944), a arrêté les déportations. Eichmann, déçu, a quitté Budapest en août et il n'y est rentré qu'après la prise du pouvoir par les Croix-Fléchées (15-16 octobre 1944) pour organiser la déportation de plusieurs milliers de Juifs, en majorité à pied.

 

http://primus.arts.u-szeged.hu/legegyt/oktatok/Karsai_Las...

 

Extrait :

" Je n’aurais jamais cru, par exemple, que je me transformerais si vite en un vieil homme flétri. Au pays, il faut du temps  pour cela, cinquante ou soixante ans au moins ; au camp, trois mois pnt suffi pour que mon corps me trahisse. Je peux affirmer qu’il n’y a rien de plus pénible, de plus décourageant que de relever, de comptabiliser jour après jour ce qui meurt en nous. A la maison, même si je n’y accordais pas trop d’attention, j’étais dans l’ensemble en harmonie avec mon organisme, j’aimais – pour ainsi dire- cette machinerie. Je me rappelle un après-midi d’été, je lisais dans ma chambre un roman captivant pendant que ma main caressait avec une agréable distraction la peau docilement lisse de ma cuisse, brunie par le soleil, aux poils dorés, tendue sur mes muscles. A présent, cette même peau pendouillait, ridée, elle était jaune et desséchée, recouverte de toutes sortes d’abcès, de ronds bruns, de gerçures, de crevasses, de rugosités et de squames qui, surtout entre les doigts provoquaient des démangeaisons désagréables."

 

 Etre sans destin 4.JPGLe film : ETRE SANS DESTIN réalisé par Lajos KOLTAI

 Synopsis et détails

Gyuri Koves, dit "Gyurka", est un adolescent de 14 ans. Un jour, près de Budapest, il est arrêté par un policier hongrois. Après une longue attente, il est emmené vers une destination encore inconnue et qu'il a du mal à prononcer : Auschwitz-Birkenau. Gyurka est ensuite transféré de camp en camp. L'enfer commence. Gyurka, très malade, manque de mourir jusqu'à ce que le camp soit finalement libéré par les Américains.

Sur le chemin du retour vers Budapest, sa ville natale, toujours vêtu de ses habits rayés de prisonnier, Gyuri éprouve l'indifférence, voire l'hostilité de la population hongroise. Ses anciens voisins et amis le pressent d'oublier les terribles moments qu'il a passés dans les camps, sont gênés dès qu'il évoque son expérience et ses souvenirs du camp. Le jeune garçon est alors livré à lui-même pour comprendre ce qu'il lui est arrivé.

 

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