10/05/2016

L'HOMME QUI AIMAIT LES CHIENS

Chiens 1.jpgQuatrième de couverture : En 2004, à la mort de sa femme, Iván, écrivain débutant et responsable d’un misérable cabinet vétérinaire de La Havane, revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui se promenait sur la plage avec deux lévriers barzoï. Après quelques conversations, « l’homme qui aimait les chiens » lui fait des confidences sur l’assassin de Trotski, Ramón Mercader, qu’il semble connaître intimement. Grâce à ces confidences, Iván reconstruit les trajectoires de Lev Davidovich Bronstein, appelé aussi Trotski, et de Ramón Mercader, connu aussi sous le nom de Jacques Mornard, et la façon dont ils sont devenus victime et bourreau de l’un des crimes les plus révélateurs du XXe siècle. Il suit ces deux itinéraires, à partir de l’exil de l’un et de l’enfance de l’autre, et leur rencontre à Mexico. Ces deux histoires prennent tout leur sens lorsque le Cubain y projette ses aventures privées et intellectuelles dans la Cuba contemporaine. Leonardo Padura, dans une écriture puissante, fait, à travers des personnages ambigus et convaincants, l’histoire des conséquences du mensonge idéologique et de sa force de destruction sur l’utopie la plus importante du XXe siècle et de ses retombées actuelles dans la vie des individus, en particulier à Cuba.Un très grand livre.

 

 

 

Chiens 2.jpgL'auteur :  Léonardo PADURA

 

Nationalité : Cuba

Né à : La Havane , le 09/10/1955

Biographie :

 

Leonardo Padura Fuentes est un journaliste, scénariste et écrivain cubain.

Diplômé de littérature hispano-américaine, il a été journaliste et critique de romans policiers, avant de se consacrer à l'écriture d'essais littéraires ("Con la espada y con la pluma", 1984 ; "Un camino de medio siglo : Alejo Carpentier y la narrativa de lo real maravilloso", 1993), de romans ("Fiebre de caballos", 1988 ; "L'Homme qui aimait les chiens", 2009), de nouvelles ("Según pasan los años", 1989) et de scénarios pour le cinéma ("Yo soy, del son a la Salsa",1996).

Il est auteur de romans policiers dont le héros est le lieutenant Mario Conde ("Électre à La Havane", "L'Automne à Cuba", "Adiós Hemingway", "Mort d'un chinois à La Havane", "Hérétiques").

En 2011, il reçoit le Prix Carbet de la Caraibe pour "L'homme qui aimait les chiens", et le prix Roger-Caillois. La même année, il obtient la nationalité espagnole. En 2015, il obtient le Prix Princesse des Asturies.

 

Mon avis : après avoir lu "La deuxième mort de Ramón Mercader" de Jorge Sermprun http://mesamisleslivres.skynetblogs.be/archive/2015/04/04..., un livre que j'avais particulièrement aimé, je ne pouvais pas passer outre ce roman historique qui relate les années d'exil de Trotski jusqu'à son assassinat par Jacques Mornard, Frank Jacson alias Ramón Mercader.

Voilà un très grand roman historique, très bien documenté et comme le dit l'auteur le récit est romancé malgré l'étouffante présence de l'Histoire dans chacune de ses pages.

L'auteur décrit avec beaucoup de minutie et de détails les années d'exil de Trotski, en Turquie, en France, en Norvège et finalement au Mexique, l'analyse de celui-ci sur les décisions de Staline, les purges, le traité avec Hitler, les semblants de procès, etc.. Il sait aussi que son heure viendra, que Staline décidera un jour qu'il doit être éliminé, quand garder un ennemi en vie ne lui sera plus d'aucune utilité. Parallèlement, on suit le parcours de Ramón Mercader, embrigadé au parti communiste espagnol par sa mère durant la guerre civile  et désigné par celle-ci pour éliminer le renégat Trotski. Son parcours passera par Moscou pour une formation poussée, pour devenir un vrai agent du NKVD, pour subir une véritable dépersonnalisation et devenir Jacques Mornard, le fils d'un diplomate belge et surtout pour n'avoir qu'un seul but l'assassinat du "vieux". Le troisième parcours est celui de cet écrivain, pure invention qui permet de brosser quelque peu la  vie à Cuba sous le régime castriste, écrivain qui rencontre "L'homme qui aimait les chiens" qui lui raconte rencontre après rencontre toute cette histoire.

Qui est "l'homme qui aimait les chiens" ?

L'histoire est passionnante, elle se lit comme un roman policier, le style est précis, peut être un rien trop minutieux mais jamais ennuyeux ce qui nous donne un roman de près de 800 pages.

Dans sa note de remerciement en fin de volume, l'auteur termine comme ceci : ".... concevoir, donner forme et tirer du fond de moi cette histoire exemplaire d'amour, de folie et de mort, qui, je l'espère, contribuera à la compréhension de comment et pourquoi l'utopie s'est pervertie, et suscitera peut-être même la compassion.

 

En marge du livre : Pour arriver à ses fins, les services secrets d'URSS ont tout fait pour que Ramón Marcader séduise Sylvia Ageloff, une Trotskiste convaincue et qu'ainsi il puisse s'approcher du renégat. D'après certaines sources, l'auteur aurait un peu négligé ce personnage et ne l'aurait pas présenté objectivement.

 

chiens 3.jpgL'honneur perdu de Sylvia Ageloff (source Mediapart)

 

Leonardo Padura néglige un personnage-clé de cette affaire : Sylvia Ageloff, une jeune assistante sociale de Brooklyn, qui milite dans le Socialist Workers Party, d'obédience Trotskiste. L'entourage de Mercader s'arrange pour que celui-ci fasse sa connaissance lors du voyage de l'Américaine à Paris en juin 1939. Elle tombe éperdument amoureuse de cet homme beau et cultivé, qui prétend n'avoir aucun intérêt pour la politique. Mercader la séduit, à la seule fin de pouvoir approcher Trotski sans éveiller de soupçon, quand les deux amants se rendront à Mexico. Le double jeu fonctionnera à la perfection. Mercader trompera doublement Ageloff : sur le plan de ses sentiments personnels, mais aussi sur le plan de ses intentions politiques. Il traite la jeune femme avec mépris ; il la trouve idiote, se moque de sa prétendue laideur. Pour dresser le portrait de la militante Trotskiste, Padura reprend des informations tendancieuses et erronées. Dans le roman, elle est décrite comme une personne superficielle et sans épaisseur politique. Pourquoi avoir brossé à un tel portrait misogyne et approximatif ? Dans une audition devant une commission d'enquête à la Chambre des représentants en 1950, Sylvia Ageloff s'exprime avec conviction et dans une langue sophistiquée. Elle défend avec courage son engagement dans la gauche Trotskiste pendant la période du maccarthysme. Il est regrettable que Padura aille jusqu'à suggérer qu'Ageloff est en partie responsable de la mort de Trotski, car elle lui aurait présenté Mercader. En réalité, Sylvia Ageloff veilla scrupuleusement à la sécurité de Trotski. Elle évita rigoureusement de venir accompagnée de Mercader lors de ses visites à la villa de Coyoacán. Elle avertit même Trotski que Jacson/Mercader était entré au Mexique sous un faux passeport, et qu'il valait donc mieux qu'il ne le rencontre pas car cela « pourrait le gêner »[3]. Patiemment et seul, Mercader gagna la sympathie des gardes de la villa, puis des époux Rosmer, des camarades français fidèles, à qui il servit de chauffeur et rendit des petits services. Cette sollicitude permit à Mercader de se rapprocher progressivement de Trotski.

Sylvia Ageloff (1910-1995) vécut le reste de sa vie dans l'indignité. Accablée par l'événement, Ageloff refusa jusqu'à sa mort d'en parler avec qui que ce soit. Elle reçut le soutien et l'affection de Natalia Sedova, la veuve de Léon Trotski. Licenciée par son employeur à son retour de Mexico (où elle fut un temps suspectée de collusion avec Mercader), elle dut prendre le nom de sa mère (Maslow) pour échapper à ses tourmenteurs. Sa sœur, Ruth Ageloff-Poulos, fut secrétaire de la Commission John Dewey qui se tint à Mexico en 1937. Celle-ci blanchit Trotski des accusations portées contre lui par Staline.

« Ni rire ni pleurer, mais comprendre ». Léon Trotski aimait se référer à cette maxime spinoziste. Padura aurait du avoir cela à l'esprit lorsqu'il a mis en scène le personnage de Sylvia Ageloff.

 

 

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