26/11/2016

LA MELANCOLIE DE LA RESISTANCE

mélancolie 1.jpgQuatrième de couverture : Quel danger plane sur cette petite ville du sud-est de la Hongrie? Quelle est la nature du malaise qui l'agite et quelles sont les raisons de la révolte qui gronde? Nous suivons Mme Pflaum, une des habitantes de la ville, et nous la voyons se débattre avec une menace jamais nommée.

Ni son intérieur petit-bourgeois, ni les opérettes retransmises à la télévision ne peuvent la protéger du désordre ambiant. Son ennemie, Mme Eszter, l'appelle à l'aide pour mener " campagne contre la destruction ", mais la venue d'un cirque et l'exhibition d'une baleine sèment le trouble dans la communauté, puis précipitent la ville dans une explosion de violence.

A partir d'un magistral chapitre d'exposition décrivant le voyage en train de Mme Pflaum, La mélancolie de la résistance avance crescendo, telle une plongée hypnotique, dans un monde fascinant et crépusculaire.

Les univers de Kafka, de Beckett ou même de Thomas Bernhard ne sont pas loin dans cette œuvre où l'auteur place au centre la question de la condition humaine dans nos sociétés post-nietzschéennes.

 

 

 

L'auteur : László KRASZNAHORKAI

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Nationalité : Hongrie

Né(e) à : Gyula , le 05/01/1954

Biographie :

Après des études brillantes aux facultés de Szeged et de Budapest, László Krasznahorkai publie pour la première fois ses textes dans un journal en 1977. La même année, il devient documentaliste pour une maison d'édition, Gondolat et prend des cours du soir à la faculté d'art. En 1983, il est de nouveau diplômé mais cette fois-ci en littérature et en hongrois, il rencontre cette année-là, Mórics Zsigmond (écrivain et dramaturge hongrois) avec qui il se lie d'une amitié très forte.

En 1985, László publie son premier roman "Tango de Satan". L'année suivante, il publie un recueil de nouvelles avant d'écrire le scénario du film "Damnation" dirigé par Tarr Béla.

Les années 90 sont prolifiques pour l'écrivain puisqu'il écrit de nombreuses nouvelles et certains de ses livres sont adaptés au cinéma. Il commence alors à voyager au Japon, en Bosnie, pays dans lesquels Krasznahorkai se fait de nombreuses relations. Surtout au pays du soleil levant qui l'invite plusieurs fois à venir faire des conférences.

Aujourd'hui László Krasznahorkai continue de monter en tant qu'écrivain et étend son emprise littéraire à travers le monde entier. Il reçoit le prix Kossuth en 2004 et le Prix international Man Booker en 2015.

 

 

Mon avis : Après la découverte de deux écrivains hongrois, Imre Kertész et Sándor Márai, dont les romans que j'ai lus avaient principalement comme cadre la seconde guerre mondiale, j'avais envie de découvrir un auteur contemporain et je ne sais plus très bien ni comment, ni pourquoi, mon choix s'est porté sur  László Krasznahorkai.

Aucune comparaison possible, tout les différencie, autant les premiers sont d'un style classique très agréable à lire, autant László Krasznahorkai est déconcertant.

Un livre bizarre, burlesque, mystérieux et attachant, du grand art mais il faut s'accrocher tant le style et le thème sont déroutants.

De très longues phrases, un peu complexes, truffées de digressions et de parenthèses, il m'est arrivé de relire plusieurs fois la même phrase afin d'en bien saisir les idées et le sens. J'ai progressé petits morceaux par petits morceaux tant l'écriture demande une grande attention et un effort de compréhension. C'est à la fois surréaliste, fantastique et humoristique, László Krasznahorkai nous entraîne dans un univers noir, il détaille avec une précision chirurgicale les quatre personnages principaux de l'histoire.

Les thèmes principaux sont la peur, le chaos, la destruction de la société, les rapports humains. Une menace omniprésente mais jamais bien définie, la peur d'un cataclysme, d'un je ne sais quoi de surnaturel, quelque chose va arriver, quand, où, pourquoi, un espèce de suspens psychologique captivant.

Les personnages sont assez grotesques, caricaturaux à l'extrême, ils nous entraînent l'un après l'autre dans leur vision bien personnelle des évènements, chacun avec ses préoccupations, ses priorités et ses psychoses. Petit à petit on assiste à la destruction et à l'effondrement de la vie sociale, et l'arrivée d'une armée, qui fait penser aux évènements qui ont entraîné les pays de l'Est vers des régimes politiques totalitaires, va sans doute changer la vie quotidienne.

Un roman difficile à tout point de vue, mais plus on avance et plus on a envie de savoir quelle est la raison de cette peur, que va t-il arriver à cette petite ville hongroise ?

Le roman est extraordinaire et la fin est absolument géniale, les six dernières pages relatent, en une description scientifique très précise, la putréfaction d'un corps humain, comme une preuve que nous portons tous en nous le processus de destruction.

 

En marge du livre : Rien de tel qu'un extrait, pour imager le style de l'auteur.

"Il regarde ce visage, avec derrière lui l'obscurité aveuglante du recoin du mur; il nota le nez busqué, le menton mal rasé, les paupières enflées, la peau écorchée sous la pommette gauche, et ce qui était effroyablement difficile pour lui était moins de ne pas y déceler le sens de cette furie extrême que de trouver un lien de parenté entre ce visage et celui de la veille, place du marché; il lui fallait admettre que celui vers qui le destin l'avait conduit après sa sortie avec  Mr Eszter, sur la place du marché, et celui qui aujourd'hui dirigeait cette haine sans merci et dépeçait impitoyablement (peut-être involontairement) sa vie entière ne faisaient qu'un, car il était indiscutable que derrière ces épouvantables traits se cachait le visage de la veille, et des jours précédents, jusqu'à celui de l'innocence originelle, avec ce regard d'une froidure fantomatique, qui affichait, ce qui par ailleurs était réel, qu'avec son autorité incontestable, autrement dit sa supériorité en matière de cruauté, c'était lui qui orchestrait chaque mouvement de cette irrésistible marche destructrice, et qu'il savourait chaque étape du calvaire et de l'effondrement de Valuska, ce mélodrame si brutalement instructif qu'il offrait à son protégé - lui suggérant que c'était là le prix à payer pour sa guérison - avec un plaisir évident.

Plus il regardait ce visage, moins il trouvait énigmatique cette "froideur fantomatique" car ce regard ignorant la pitié reflétait peut-être simplement ce qu'il avait été, lui, dans sa rêverie maladive, incapable de voir pendant trente-cinq ans; peut-être, pensa Valuska, mais il s'empressa de rectifier : "non, pas peut-être, c'est absolument certain !", comme pour mieux souligner l'importance de l'instant, l'instant où - comme projeté sur son ancien moi - il sortit enfin de son coma prolongé, et bien sûr, de sa douce et grisante rêverie."

 

 

 

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