22/07/2017

DERBORENCE

derborence 1.jpgQuatrième de couverture : Antoine n'est pas revenu du pâturage de Derborence où il avait accompagné le troupeau, car la montagne s'est mise en colère...

Pourtant un soir, Thérèse, sa jeune épouse, croit reconnaître sa voix et sa silhouette amaigrie et pâlie. Est-ce une vision ou un miracle ? Un survivant ou un spectre ? Si Antoine n'est pas son propre fantôme, il faudra qu'il le prouve... Avec cette chronique villageoise, où le ton vire du pathétique au cocasse aussi imprévisiblement que la bise des montagnes, Ramuz a réussi un de ses chefs-d'œuvre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Derborence 2.jpgL'auteur : Charles Ferdinand RAMUZ

Nationalité : Suisse, né à : Lausanne , le 24/09/1878, décédé à Pully le 23/05/1947

Charles Ferdinand Ramuz est un écrivain suisse romand, utilisant le parler vaudois. Cette démarche confère à son œuvre un style singulier.

Bachelier à l'âge de dix-sept ans, il entreprit une licence de lettres classiques qu'il obtint en 1901. Immédiatement après, il embrassa la carrière d'enseignant mais, l'année suivante, il émigra à Paris afin de préparer, à la Sorbonne, sa thèse de doctorat. C'est dans la capitale française que le virus de l'écriture semble s'être déclaré chez lui.

A Paris, il fréquente les milieux littéraires, dont le salon d'Edouard Rod, lequel lui sera d'une aide précieuse dans la publication de son premier roman, "Aline", en 1905, aux éditions Perrin. Ce texte avait été précédé d'un recueil de poèmes à compte d'auteur, publié cette fois-là à Genève, chez Eggimann.

Accomplissant de fréquents va-et-vient entre sa Suisse romande et Paris, Ramuz publie encore quelques ouvrages chez Perrin mais aussi chez Ollendorff et Fayard. Cependant, la Grande guerre frappe à la porte de l'Europe et le contraint à regagner définitivement son pays natal, qu'il ne quittera plus.

En Suisse, Ramuz participe à l'aventure des "Cahiers vaudois" que viennent de fonder ses amis Edmond Gilliard et Paul Budry. C'est lui qui signe le manifeste de la revue : "Raison d'être", l'année de la déclaration de guerre. Par la suite, il y publiera "Adieu à beaucoup de personnages et autres morceaux", "Les Signes parmi nous" et "Histoire du Soldat."

La paix revenue, l'augmentation du coût de la vie aura raison de cet équivalent suisse des "Cahiers de la Quinzaine" jadis lancés par Péguy. Et surtout, Ramuz se retrouve sans aucune plateforme éditoriale. Sans se décourager, il recourt alors pendant quelque temps à l'auto-édition. En 1924, par l'entremise d'Henry Poulaille, il signe avec Grasset et à l'avenir, la publication de ses ouvrages se fera en deux temps : tout d'abord à Lausanne, chez Mermod, éditeur et mécène, puis à Paris, chez Grasset.

Vient alors la reconnaissance de l'œuvre, à défaut du succès véritable car les livres de Ramuz ne seront jamais des best-sellers, loin s'en faut. La polémique s'installe assez vite et tourne autour du style de l'écrivain, qu'on accuse de "mal écrire exprès."

En 2005, Charles Ferdinand Ramuz fait son entrée dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade des éditions Gallimard.

 

Mon avis : Dans un style très poétique et imagé, Ramuz nous offre une très belle chronique villageoise qui sent bon le terroir et qui inévitablement m'a fait penser à Giono. Un récit de 180 pages qui se déguste lentement, au rythme de ces petits villages de montagne.

Un style à nul autre pareil, des descriptions détaillées, pas avare d'adjectifs et d'adverbes, un style qui convient on ne peut mieux à l'histoire, le style de Ramuz semble intemporel. Ce roman qui date de 1934 n'a pas pris une ride, il cerne avec habileté la vie tranquille des paysans montagnards, leurs croyances et superstitions,  dans un décor grandiose. Leur vie est dictée par les saisons et la montagne .....puis un jour la montagne se met en colère.

Un tout grand moment de lecture.

 

Extrait : Là-haut (on dit "là-haut " quand on vient du Valais, mais quand on vient d'Anzeindaz on dit "là en bas" ou "là au fond"), la neige, en se retirant, faisait de gros bourrelets ; ils découvraient sur leurs bords, dans l'humidité noire que la vieille herbe recouvrait mal d'une espèce de feutre terne, toute espèce de petites fleurs s'ouvrant à l'extrême limite d'une frange de glace plus mince que du verre à vitre. Toute espèce de petites fleurs de la montagne avec leur extraordinaire éclat, leur extraordinaire pureté, leurs extraordinaires couleurs : plus blanches que la neige, plus bleues que le ciel, ou orange vif, ou violettes : les crocus, les anémones, les primevères des pharmaciens. Elles faisaient de loin, entre les taches grises de la neige qui allaient se rétrécissant, des taches éclatantes. Comme sur un foulard de soie, un de ces foulards que les filles achètent en ville, quand elles y descendent pour la foire, à la Saint-Pierre ou à la Saint-Joseph. Puis c'est le fond même de l'étoffe qui change ; le gris et le blanc s'en allaient ; le vert éclatait de partout : c'est la sève qui repart, c'est l'herbe qui se montre à nouveau ; c'est comme si le peintre avait d'abord laissé tomber de son pinceau des gouttes de couleur verte, puis elles se rejoignaient."

Ah! Derborence, tu étais belle en ce temps là, belle et plaisante et accueillante, te tenant prête dès le commencement de juin pour les hommes qui allaient venir. Ils n'attendaient que ce signe de toi.

 

 

En marge du livre : L'éboulement de Derborence

Derborence 3.jpg« Le 23 septembre 1714, un dimanche entre 2 et 3 heures de l’après-midi, la partie ouest des Diablerets s’est écroulée sur l’alpe de Fricaut, le 2/3 de l’alpe de Zeveillie (Cheville), là où auparavant 140 vaches trouvaient leur nourriture pendant onze semaines. Au centre de cet éboulement, les blocs forment des entassements hauts de 300 perches et plus.

Quatre torrents, le Pissot qui sort des glaciers (Tchiffa), la Lizerne qui coule de l’Est, la Zeveillance qui vient de l’alpe de Zeveillie (Cheville) et la Derborence qui a sa source sur l’alpe de Darbon (Derbon), ont vu leur cours arrêté ou modifié.

L’éboulement a causé la mort de 15 personnes, des deux sexes et de tout âge. Un seul corps, celui de la sœur de M. du Four, curé de Vétroz, qui était enceinte, a été retrouvé. Les autres sont si profondément ensevelis sous les pierres qu’il n’y a aucun espoir de jamais les dégager. On compte plus de 100 pièces  de bétail disparues, le nombre de moutons, chèvres et porcs  est incalculable. Au moment du cataclysme, l’air fut subitement assombri, au point que le jour fut changé en une nuit profonde. La poussière qui s’élevait dans l’air s’étendait si épaisse sur les pâturages voisins qu’il fallut emmener le bétail. Dans cette calamité inouïe, la bonté de Dieu a préservé quelques personnes d’une mort violente afin qu’elles puissent témoigner de sa très sainte justice  et de son infinie miséricorde. »

derborence 4.jpgL’écroulement de la partie inférieure de la paroi des Diablerets en 1714 va déstabiliser le sommet de la tête de Barme, l’une des deux arêtes s’écroulera finalement 35 ans plus tard (Le Derochoir), le 23 juin 1749. Le gigantesque éboulis formés par ces deux catastrophes mesure près de 5 kilomètres de long et, selon l’estimation de géologues, le volume serait de 50 millions de mètres cubes.

C’est lors du deuxième éboulement que le lac de Derborence s’est formé est devient le plus jeune lac naturel d’Europe.

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