07/08/2017

LA MAISON DES LUMIÈRES

Maison des lumières 1.jpgLu et commenté par Maryline

Quatrième de couverture : À vingt-cinq ans, Jérémie Rex, boulanger à Arcachon, est entré dans un tableau de Magritte. Là, il a retrouvé pendant quatre minutes trente la femme de sa vie, au temps où elle l’aimait encore. Hallucination, accident cérébral, changement d’espace-temps ? Lorsqu’il reprend connaissance, les problèmes commencent pour Jérémie : comment retourner dans le tableau ? Comment échapper à la réalité pour recréer le bonheur ? De Venise au Perreux-sur-Marne, des mystères du cerveau aux secrets des chamanes, Didier van Cauwelaert nous fait partager l’irrésistible aventure d’un jeune homme ordinaire, confronté aux pièges les plus fascinants de l’amour, de l’art et de la destinée humaine.

 

 

 

 

 

 

Maison des lumières 2.jpgL'auteur : Didier VAN CAUWELAERT

Né à Nice (France) le 29/07/1960

Issu d'une famille d'origine belge, Didier Van Cauwelaert est niçois de naissance. Il commence à écrire très jeune et monte des pièces de théâtre (notamment "Huis Clos" de Jean-Paul Sartre) dans son lycée. Après avoir foulé les planches quelques années et avoir été critique littéraire à la télévision, il parvient à faire publier son premier roman, "Vingt ans et des poussières", à l'âge de 22 ans.

S'ensuit une prolifique carrière d'écrivain. Ses thèmes de prédilection recoupent le couple soumis à l'usure du quotidien, les amours impossibles, les rites de passage (adolescence, mariage...) et les identités en devenir. Il écrit dans une langue claire et dépouillée, d'une simplicité très moderne. Didier Van Cauwelaert est un fervent partisan de la communication avec l'au-delà et son roman, "La Maison des lumières", s'empare de ce sujet polémique.

Auteur et adaptateur de plusieurs pièces de théâtre ("Passe-Muraille" obtient le Molière du meilleur spectacle musical en 1997), Didier Van Cauwelaert est plus connu pour son roman "Un aller simple" pour lequel on lui décerne le prix Goncourt en 1994. "La vie interdite" et "Un objet en souffrance" font également partie de ses livres les plus appréciés du grand public. Sa candidature à l'Académie française est par deux fois rejetée, en 2009 et en 2013.

 

Mon avis:

Didier Van Cauwelaert est un auteur que j'aime beaucoup. J'affectionne son écriture simple et juste, celle des écrivains qui ne cherchent pas à épater par des fioritures, mais qui savent trouver les mots qui touchent. Découvert avec "La vie interdite", "L'éducation d'une fée" et puis le prix Goncourt en 1994 "Un aller simple", je n'ai jamais cessé de m'intéresser à cet auteur prolifique.

Et ainsi, on lui découvre des obsessions: la communication avec l'au-delà en est l'une d'elles et se retrouve dans la plupart de ses romans.

Dans "La Maison des lumières", la porte entre le présent et le passé n'est autre qu'un tableau de Magritte intitulé "L'empire des lumières" dans lequel Jérémy entre pendant 4 minutes, découvrant l'envers du décors, rencontrant une hôtesse surprenante et retrouvant la femme de sa vie lors de leurs premiers émois. Et là tout comme le personnage, je me suis sentie happée dans le tableau, avec l'envie de comprendre, d'en savoir plus et surtout d'y retourner.

Comme le personnage qui tente par tous les moyens d'y entrer à nouveau, j'ai attendu tout au long du livre une nouvelle percée dans le mystère du monde des lumières de Magritte. Avec Jérémy, j'ai espéré que la science puis l'onirisme chamanique me ramène à cette délicieuse sensation, j'ai vibré à chacune de ses recherches sur cette hôtesse étrange du nom de Martha et sur les autres "habitants" du tableau.

Et somme toute, la fin du roman amorce ce retour dans l'univers de Magritte et retombe comme un soufflé, me laissant déçue par une fin bâclée, belle mais avec un goût de trop peu!

Bref, un roman agréable mais pas un chef d’œuvre.

 

 

En marge du roman: L'Empire des Lumières

Maison des lumières 3.jpg"L'empire des lumières" (voici mises côte à côte la version exposée au musée Guggenheim de Venise, celle utilisée dans le roman, et la version que l'on peut admirer au Musée Magritte à Bruxelles).

Dans cette célèbre toile que Magritte (1898-1967) déclina en 17 versions, le peintre explore le territoire des rêves et de l'inconscient, thèmes chers au Surréalistes dont il fut le peintre le plus populaire.

Le Surréalisme, nanti des expériences de création en état de rêve conscient (par l'ivresse ou l'opium notamment) pratiquée par certains des Romantiques ou des Décadents de la fin du XIXème siècle et par l'interprétation psychanalytique des rêves récemment inventée par Freud, remet le rêve sur le devant de la scène artistique, en tant que manifestation d'un inconscient "surréel" donc supérieur à la conscience en état d'éveil. Certains de ses membres, tels que Henri Michaux, n'hésitèrent pas à pratiquer le dessin ou la peinture en état d'éveil hallucinatoire du à la prise de mescaline, afin de pouvoir visualiser cette surréalité de l'âme, plus prosaïquement dénommée "inconscient".

Le peintre belge René Magritte fut beaucoup plus sage et son oeuvre, féconde, porte de nombreuses traces de cette exploration de l'inconscient par les rêves.

"L'empire des lumières" nous montre un moment impossible: la scène, dans sa partie inférieure semble se dérouler la nuit, contredisant un ciel de plein-jour occupant la portion supérieure de l'image. De la confrontation de ces deux éléments impossibles au même moment de la journée, pourtant décrits chacun avec un grand souci de réalisme quasi-photographique, naît la sensation d'étrangeté, voire de malaise, recherchée par la peinture surréaliste : une rencontre impossible entre deux réalités plausibles mais pourtant paradoxales.

Une maison s'endort. La porte et la plupart des volets sont déjà clos. Seules deux fenêtres éclairées révèlent, à l'étage, niveau habituellement réservé aux chambres, que des occupants sont encore éveillés et qu'ils s'apprêtent, peut-être, à éteindre la lumière pour plonger dans le sommeil, territoire d'émergence des rêves. Ces deux fenêtres illuminées ressemblent à deux yeux encore ouverts. La maison est souvent le premier objet familier que les enfants dessinent. C'est aussi là où se nouent des drames. Des drames parfois sources de conflits intérieurs, refoulements et autres névroses dont la psychanalyse est si friande.

La maison est bâtie au bord d'une sorte de mare (qui a disparu dans la version de Venise), un plan d'eau stagnante, lisse comme un miroir. Depuis le Romantisme, le thème du plan d'eau, miroir de l'âme, avec notamment celui du lac, fascine les poètes, philosophes et peintres. Miroir liquide, donc fragile, presque immatériel, il fait souvent face au ciel dont il constituerait symboliquement l'image inversée.

Or, en y regardant d'un peu plus près, on s'aperçoit que si la maison et le lampadaire se reflètent dans cette mare, le ciel, lui, y est étrangement absent. Cette "anomalie visuelle" indique peut-être que ce ciel n'est pas réel et qu'il appartient déjà au domaine du rêve.

Entre la maison close de l'inconscient et la mare-miroir de la nuit, se dresse un arbre dont la présence occupe presque toute la portion gauche de la composition. Il est le seul élément du paysage traversant les deux espaces du tableau, celui de la nuit et du jour. Depuis que l'homme a inventé le sacré puis l'écriture, il n'a cessé de vénérer ces grands végétaux dont la majesté et la durée de vie, souvent supérieure à celle d'une vie humaine, imposaient respect et fascination.

Ainsi, l'arbre de Magritte ferait-il le lien entre l'inconscient nocturne des rêves (la maison qui s'endort) et la conscience diurne (le ciel de plein-jour) comme il relie les âmes des morts au monde des vivants. Pendant des millénaires, n'a-t-on pas cru que les rêves étaient des messages prophétiques délivrés au rêveur par les dieux et les défunts ?

 

 

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