08/08/2017

SEULE LA MER

Seule la mer 1.jpg

Lu et commenté à deux

Quatrième de couverture : Albert Danon est seul. Sa femme Nadia vient de mourir d'un cancer, et son fils Rico est parti pour le Tibet. Bettine, une vieille amie, veuve elle aussi, s'inquiète pour Albert. Surtout lorsque Dita, la petite amie de Rico, emménage chez lui.

Un certain Doubi Dombrov veut produire le scénario de Dita, mais il veut surtout Dita. Qui couche avec Guigui, en pensant à Albert, ou à Rico. Qui pense à sa mère, et ne veut pas rentrer du Tibet.

Un chassé-croisé de voix et d'histoires que le narrateur, affranchi de toute contrainte formelle, tisse, tout en nous parlant de lui, en un poème bouleversant qui se lit comme un roman - ou est-ce un roman qui se lit comme un poème ? - pour serrer au plus près la quintessence de nos vies, le désir, la nostalgie d'un bonheur perdu, la mort qui nous cueille.

 

 

 

 

 

 

Seule la mer 2.jpgL'auteur : Amos OZ

Nationalité : Israël, né à : Jérusalem, le 04/05/1939

Amos Oz, né Amos Klausner, est un écrivain, romancier et journaliste israélien (oz signifie force en hébreu).

Il participa deux fois à des conflits armés : Pendant la Guerre des Six Jours, en 1967 et lors de la Guerre du Kippour de 1973. Il fut l’un des fondateurs du mouvement «La paix maintenant» qui prône le partage du territoire (avec des «arrangements particuliers pour les sites sacrés») pour la création de deux états indépendants: l’un israélien, l’autre palestinien.

Après son service militaire, Amos Oz étudie la philosophie et la littérature et écrit dans le journal des kibboutzim et le quotidien Davar. Il publie ses premiers récits en 1965, et son premier roman date de 1966. Depuis, il écrit sans discontinuer, publiant environ un livre par an.

Amos Oz a obtenu quelques-uns des prix les plus prestigieux de son pays et particulièrement le Prix Israël de littérature en 1998 lors du cinquantième anniversaire de l’indépendance d’Israël.

En 2005, il reçoit le le Prix Goethe et en 2006, le titre de Docteur Honoris Causa de Philosophie à l’université Hébraïque de Jérusalem. Un an après, il reçoit le Prix Princesse des Asturies en 2007. Ses œuvres sont traduites dans près de trente-cinq langues dans le monde. Il est également professeur de littérature à l’Université Ben Gourion de Beer-Sheva.

Son autobiographie, "Une histoire d’amour et de ténèbres", considérée comme son chef-d’œuvre, a été saluée unanimement par la critique littéraire. Son roman, "Vie et mort en quatre rimes" (2008), est une réflexion subtile sur les arcanes de la création littéraire.

 

L'avis de Marcel :  Un roman très particulier tant dans le style que dans la forme, il faut un peu de temps pour s'habituer à ce récit écrit comme une suite de poèmes. Les chapitres sont très courts, parfois quelques lignes, je parlerais plutôt de scénettes, dérangeant au départ, on finit par s'habituer à une lecture différente et le récit devient très vite attachant.

L'histoire tourne autour de 5 personnages, Albert, Nadia son épouse décédée, Rico son fils parti au Tibet, Dita l'amie de celui-ci et Bettine une vieille amie d'Albert, sans oublier le narrateur mystérieux qui intervient de temps en temps.

Un point commun entre tous ces personnages, la solitude et la souffrance, le désir, la recherche du bonheur.

Un récit au ton mélancolique, très poétique, le désir et la sensualité sont omniprésents, l'auteur aborde tous les personnages avec une grande sensibilité, des personnages à la vie banale, simple voire résignée..... seule la mer est éternelle.

L'auteur passe d'un personnage à l'autre, la chronologie est parfois mise à mal, tantôt sous forme de poèmes sans rimes, tantôt en prose traditionnelle, tout cela en fait un récit atypique d'une grande richesse par les thèmes abordés, et aux nombreuses références bibliques.

Un livre attachant, inoubliable.

 

 

L'avis de Maryline :

Le point de départ de ce roman, c'est la mort d'une femme Nadia, laissant ainsi un veuf, Albert, qui n'aura de cesse de retrouver la présence de sa femme dans un quotidien immuable ; laissant aussi un fils, Rico, qui dévasté par l'absence de sa mère part en quête de soi dans les montagnes du Tibet, abandonnant son père et sa fiancée Dita. Autour d'eux, évolue une série de personnages qui viennent se greffer à leur solitude. Car il s'agit bien de cela, la solitude !
Chaque personnage est une solitude en souffrance et démontre l'absurdité de la vie, son absence de sens et cette fin inéluctable que chacun redoute : la mort. La fin d'une vie banale, d'une âme ordinaire qui ne laisse un souvenir que dans le cœur d'un mari ou d'un fils. Cette solitude que chaque personnage tente d'effacer, les entraînant ainsi dans des relations complexes faites de désirs, d'attente, de frustrations et de souvenirs...
La trame de ce roman peut sembler banale, mais son originalité tient moins dans son histoire que dans son style. En effet, il s'agit d'un roman que je qualifierais de "transgenre": ni tout à fait roman ni tout à fait poésie. Un roman dont chaque chapitre est écrit sous forme de poème en vers libres. Cette manière d'écrire donne à l'histoire une tout autre dimension, une beauté profonde et lumineuse et sort le lecteur de ses habitudes et de son confort.
Et puis au cœur du roman, apparaissent soudain le narrateur fictif puis l'auteur lui-même, avec lesquels les personnages du roman entrent en relation. Un peu comme dans "Le chiendent" de Raymond Queneau, non pas pour interpeller leur créateur, mais bien pour le renvoyer à sa propre solitude.
C'est un très beau roman, original, riche de sens, poétique, lumineux. Pourtant, il est parfois un peu hermétique, très métaphorique, truffé de références bibliques et quelques fois, le lecteur se perd, ne sait plus de quel personnage il s'agit... mais finalement, cela n'a pas d'importance puisque chacun est voué à disparaître, seule la mer est éternelle !

 

Extrait :

Heureux

Seule la mer 4.jpgDouce est la lumière aux yeux. L'obscurité voit le cœur. La corde suit le puits. La jarre s'est perdue à la fontaine. L'humble villageois qui ne s'est jamais assis au siège des railleurs mourra en août d'un cancer du pancréas.

Le policier qui a crié au loup mourra en septembre d'un arrêt cardiaque. Il avait

un doux regard et la lumière est douce, mais ses yeux ne sont plus et la lumière est toujours là. Le siège des railleurs n'existe plus, à sa place

on a ouvert un centre commercial. Les railleurs ont trépassé. Du diabète.

D'une maladie de reins. Heureuse la fontaine. Heureux le seau.

Heureux les pauvres en esprit

car ils auront le loup en héritage.

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