11/11/2017

LE COMMANDANT BILL

Lu et commenté par Marie-Line

Bill 01.jpgQuatrième de couverture : Ardenne, mai 1940.Tout le hameau de Boisferté s'est réfugié dans la forêt, dans la crainte de l'invasion des troupes allemandes. Les plus anciens, en effet, se souviennent des saccages de 1914. Le matin du deuxième jour, un avion allemand tombe à proximité du campement. Il y a un rescapé. Les villageois recueillent cet homme incapable de se déplacer et l'installent dans une grange, sans se rendre compte qu'ils se sont transformés en geôliers d'un prisonnier de plus en plus encombrant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bill 02.jpgL'auteur : Armel JOB

Armel Job et né en 1948 à Durbuy (Belgique) non loin de Liège, dans une famille qui comptait quatre garçons. Son père était matelassier. Il fait ses études secondaires comme interne dans le bastion des études classiques du Luxembourg, le séminaire de Bastogne.

Il y acquiert une solide formation axée sur les langues anciennes. Ensuite, il entre à l’université de Liège et acquiert le titre de licencié agrégé en philologie classique. À partir de 1970, il enseigne le grec et le latin pendant vingt-trois ans au séminaire de Bastogne.

Au cours de cette période, il publie de nombreux articles philologiques et pédagogiques. En 1993, il prend la direction de son école, poste qu’il quitte en 2010 pour se consacrer entièrement au roman. Il est l’auteur de douze titres.

 

Mon avis :

Avec "Le commandant Bill", Armel Job, comme à son habitude, nous livre le portrait d'êtres humains ordinaires qui se retrouvent soudainement dans une situation extraordinaire. Situation qui leur échappe et dont ils sont les acteurs bien malgré eux. C'est alors que toute la finesse psychologique d'Armel Job fait son œuvre.

L'auteur nous plonge dans le cœur de chacun, révélant ainsi l'héroïsme de certains, la lâcheté d'autres et puis l'indifférence, le mépris, la bonté, la peur, l'orgueil... et l'amour. Comme dans chacun des romans de l'auteur, l'humain est au centre du récit, la Belgique en est le cadre et la trame, qui nous paraissait toute tracée s'échappe tout à coup et surprend!

"Le commandant Bill" est un très beau roman, agréable et que l'on prend plaisir à lire.

Ayant rencontré l'auteur récemment avec mes élèves, j'ai appris que le point de départ de l'histoire du roman est une anecdote que la mère d'Armel Job a vécue. En effet, lors de la seconde guerre mondiale, la maman d'Armel Job a 14 ans. Elle raconte qu'à l'époque, beaucoup se souviennent des atrocités commises par l'armée allemande en 14 et qu'il y a un véritable vent de panique lorsque le village où elle habite apprend l'avancée des troupes allemandes.

Tout le village s'est alors réfugié dans la forêt et vit dans des huttes, lorsqu'un jour un avion de reconnaissance allemand s'écrase tout près, entraînant la mort des deux pilotes. A partir de ce récit maintes fois entendu, Armel Job a imaginé qu'un des deux pilotes ait survécu et il s'est alors demandé ce que les villageois auraient fait. C'est ainsi que "Le commandant Bill" est né.

 

En marge du livre:

roman, Armel Job, guerre, BelgiqueDurant la Seconde Guerre mondiale, le village de Bande devait avoir une mauvaise réputation chez les Allemands, à cause de l'esprit de résistance qui y régnait. Plusieurs faits de guerre s'y sont produits, menant inexorablement au massacre du 24 décembre 1944.

Au mois de juin 1944, des incidents éclatent lorsqu'un collaborateur de l'occupant est tué par des patriotes. Durant le mois de juillet, le secrétaire communal de l'époque faillit payer de sa vie cette exécution en guise de représailles alors qu'il n'y était pour rien. Mais il parvient à s'échapper.

Le 6 juillet 1944, la communication téléphonique entre Marche et Champlon est sabotée. La sanction pour cet acte de sabotage est que le 'Kreiskommandant' de Bastogne oblige trente personnes à surveiller les lignes durant la nuit, et à fournir cinq bicyclettes et deux radios à la 'Feldgendarmerie' de Marche.

Au mois de septembre 1944, huit jours avant la libération, un groupe de l'Armée Secrète (ou Armée blanche) s'installe dans le bois de Bande. Le 5 septembre, ils attaquent les Allemands, tirent sur un side-car et tuent trois soldats. Les représailles pour ces meurtres ne se font pas attendre: le 6 septembre, les Allemands viennent bouter le feu systématiquement à toutes les maisons situées des deux côtés de la grand'route de Marche à Bastogne. Ils font évacuer les familles puis installent des grenades incendiaires dans chaque maison: 35 foyers sont ainsi détruits. De plus, dernier fait de nature à irriter les militaires allemands, les habitants de Bande ont eu le courage d'arborer le drapeau belge plusieurs jours avant leur libération effective.

Après le 8 septembre 1944, l'armée allemande est repoussée vers l'Allemagne. Mais le 22 décembre, des soldats et officiers de la Wehrmacht occupent de nouveau la région (Offensive von Rundstedt). Des soldats d'une unité spéciale s'installent dans ou près de maisons incendiées. Le 24 décembre, les hommes de cette unité spéciale arrêtent des villageois et procèdent à de longs interrogatoires. Ils libèrent certains hommes plus âgés. Après avoir fait croire à leurs familles qu'ils allaient partir pour l'Allemagne, les membres de cette unité emmènent 33 hommes, âgés de 17 à 32 ans, devant la maison Bertrand et les exécutent l'un après l'autre dans la cave. Seul Léon Praile, âgé de 21 ans, tente le tout pour le tout : il assomme un soldat, s'enfuit et échappe au massacre. Il ignorait que sa vie sauve provoquerait d'autres représailles: le lendemain, deux jeunes du village de Roy sont abattus. C'est donc 34 jeunes hommes qui ont été exécutés lors de ces journées dramatiques. Après leurs crimes atroces, les meurtriers dissimulent les corps des victimes sous trois épaisseurs de planches et interdisent l'accès à cette partie de la route, de sorte que personne dans le village, excepté plus tard Léon Praile qui témoignera, ne soupçonne quoi que ce soit.

Vraisemblablement, il s'agissait d'un détachement de la Gestapo, section du S.D. (Sicherheitsdienst), envoyé probablement par Himmler avec les troupes d'invasion de von Rundstedt, et qui avaient pour mission « de dépister et d'exécuter les membres des mouvements de résistance ».

Les membres des cette "Compagnie spéciale d'Himmler" n'étaient pas tous des Allemands. Certains étaient étrangers à tous les officiers de la Wermacht qui logeaient au village et les témoignages parlent d'un Niçois, d'un Breton, d'un Suisse... Ces étrangers s'exprimaient en français et sans accent, et certains ne comprenaient même pas l'allemand. Cette "Compagnie spéciale d'Himmler" avait pour mission de tuer trente villageois à Bande pour venger la mort des trois Allemands en septembre 1944.

(Source: DELFOSSE A., BASYN J., GAUX P. et al., COMMISSION DES CRIMES DE GUERRE (ROYAUME DE BELGIQUE, MINISTERE DE LA JUSTICE),

Les crimes de guerre commis pendant la contre-offensive de von Rundstedt dans les Ardennes. Décembre 1944-janvier 1945. Bande, Bruxelles, 1945.)

Le 11 janvier, une patrouille de paras du 1st Canadian Parachute Battalion, accompagnée par des paras belges SAS, quitte Marche-en-Famenne, entre dans le village de Bande et découvre avec horreur les corps des 34 civils abattus d'une balle dans la nuque. Le plus jeune avait à peine 17 ans. Quelques jours plus tard, le commandant du 9th Battalion Parachute Regiment de la 6th Airborne décidait d'assurer une inhumation décente aux malheureuses victimes et de leur rendre les honneurs.

(Source texte : Guy Blockmans/OPT).

Voici les noms des victimes du massacre: André BOURGEOIS, Domia DACO, Jean de GARDE, Joseph DUCHÈNE, Octave DUCHÈNE, Fernand GIRS, Georges GIRS, André GOUVERNEUR, Florent GUISSART, Victor GUISSART, Roger HARDY, Joseph HENKINET, Gaston LAMBERT, Herman LAMBERT, Lucien LAMBERT, André LASSANCE, Fernand LASSANCE, Alphonse LEROY, Fernand MAGONETTE, Edmond MAÎTREJEAN, Georges MALEMPRÉ, Raymond MALEMPRÉ, Albert MARCHAL, Richard MARÉE, René MATAGNE, Armand MICHEL, Clément MULLER, Jules NOËL, Joseph PARMENTIER, Louis PETRON, Joseph PONCIN, Paul SMITZ, Xavier TOURNAY, Albert VOLVERT.

Un Monument, intitulé "Souviens-toi", dédié aux victimes des deux guerres mondiales a aussi été érigé au cœur du village.

 

13:07 Publié dans Livre | Tags : roman, armel job, guerre, belgique | Lien permanent | Commentaires (0)

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