11/11/2017

LE COMMANDANT BILL

Lu et commenté par Marie-Line

Bill 01.jpgQuatrième de couverture : Ardenne, mai 1940.Tout le hameau de Boisferté s'est réfugié dans la forêt, dans la crainte de l'invasion des troupes allemandes. Les plus anciens, en effet, se souviennent des saccages de 1914. Le matin du deuxième jour, un avion allemand tombe à proximité du campement. Il y a un rescapé. Les villageois recueillent cet homme incapable de se déplacer et l'installent dans une grange, sans se rendre compte qu'ils se sont transformés en geôliers d'un prisonnier de plus en plus encombrant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bill 02.jpgL'auteur : Armel JOB

Armel Job et né en 1948 à Durbuy (Belgique) non loin de Liège, dans une famille qui comptait quatre garçons. Son père était matelassier. Il fait ses études secondaires comme interne dans le bastion des études classiques du Luxembourg, le séminaire de Bastogne.

Il y acquiert une solide formation axée sur les langues anciennes. Ensuite, il entre à l’université de Liège et acquiert le titre de licencié agrégé en philologie classique. À partir de 1970, il enseigne le grec et le latin pendant vingt-trois ans au séminaire de Bastogne.

Au cours de cette période, il publie de nombreux articles philologiques et pédagogiques. En 1993, il prend la direction de son école, poste qu’il quitte en 2010 pour se consacrer entièrement au roman. Il est l’auteur de douze titres.

 

Mon avis :

Avec "Le commandant Bill", Armel Job, comme à son habitude, nous livre le portrait d'êtres humains ordinaires qui se retrouvent soudainement dans une situation extraordinaire. Situation qui leur échappe et dont ils sont les acteurs bien malgré eux. C'est alors que toute la finesse psychologique d'Armel Job fait son œuvre.

L'auteur nous plonge dans le cœur de chacun, révélant ainsi l'héroïsme de certains, la lâcheté d'autres et puis l'indifférence, le mépris, la bonté, la peur, l'orgueil... et l'amour. Comme dans chacun des romans de l'auteur, l'humain est au centre du récit, la Belgique en est le cadre et la trame, qui nous paraissait toute tracée s'échappe tout à coup et surprend!

"Le commandant Bill" est un très beau roman, agréable et que l'on prend plaisir à lire.

Ayant rencontré l'auteur récemment avec mes élèves, j'ai appris que le point de départ de l'histoire du roman est une anecdote que la mère d'Armel Job a vécue. En effet, lors de la seconde guerre mondiale, la maman d'Armel Job a 14 ans. Elle raconte qu'à l'époque, beaucoup se souviennent des atrocités commises par l'armée allemande en 14 et qu'il y a un véritable vent de panique lorsque le village où elle habite apprend l'avancée des troupes allemandes.

Tout le village s'est alors réfugié dans la forêt et vit dans des huttes, lorsqu'un jour un avion de reconnaissance allemand s'écrase tout près, entraînant la mort des deux pilotes. A partir de ce récit maintes fois entendu, Armel Job a imaginé qu'un des deux pilotes ait survécu et il s'est alors demandé ce que les villageois auraient fait. C'est ainsi que "Le commandant Bill" est né.

 

En marge du livre:

roman, Armel Job, guerre, BelgiqueDurant la Seconde Guerre mondiale, le village de Bande devait avoir une mauvaise réputation chez les Allemands, à cause de l'esprit de résistance qui y régnait. Plusieurs faits de guerre s'y sont produits, menant inexorablement au massacre du 24 décembre 1944.

Au mois de juin 1944, des incidents éclatent lorsqu'un collaborateur de l'occupant est tué par des patriotes. Durant le mois de juillet, le secrétaire communal de l'époque faillit payer de sa vie cette exécution en guise de représailles alors qu'il n'y était pour rien. Mais il parvient à s'échapper.

Le 6 juillet 1944, la communication téléphonique entre Marche et Champlon est sabotée. La sanction pour cet acte de sabotage est que le 'Kreiskommandant' de Bastogne oblige trente personnes à surveiller les lignes durant la nuit, et à fournir cinq bicyclettes et deux radios à la 'Feldgendarmerie' de Marche.

Au mois de septembre 1944, huit jours avant la libération, un groupe de l'Armée Secrète (ou Armée blanche) s'installe dans le bois de Bande. Le 5 septembre, ils attaquent les Allemands, tirent sur un side-car et tuent trois soldats. Les représailles pour ces meurtres ne se font pas attendre: le 6 septembre, les Allemands viennent bouter le feu systématiquement à toutes les maisons situées des deux côtés de la grand'route de Marche à Bastogne. Ils font évacuer les familles puis installent des grenades incendiaires dans chaque maison: 35 foyers sont ainsi détruits. De plus, dernier fait de nature à irriter les militaires allemands, les habitants de Bande ont eu le courage d'arborer le drapeau belge plusieurs jours avant leur libération effective.

Après le 8 septembre 1944, l'armée allemande est repoussée vers l'Allemagne. Mais le 22 décembre, des soldats et officiers de la Wehrmacht occupent de nouveau la région (Offensive von Rundstedt). Des soldats d'une unité spéciale s'installent dans ou près de maisons incendiées. Le 24 décembre, les hommes de cette unité spéciale arrêtent des villageois et procèdent à de longs interrogatoires. Ils libèrent certains hommes plus âgés. Après avoir fait croire à leurs familles qu'ils allaient partir pour l'Allemagne, les membres de cette unité emmènent 33 hommes, âgés de 17 à 32 ans, devant la maison Bertrand et les exécutent l'un après l'autre dans la cave. Seul Léon Praile, âgé de 21 ans, tente le tout pour le tout : il assomme un soldat, s'enfuit et échappe au massacre. Il ignorait que sa vie sauve provoquerait d'autres représailles: le lendemain, deux jeunes du village de Roy sont abattus. C'est donc 34 jeunes hommes qui ont été exécutés lors de ces journées dramatiques. Après leurs crimes atroces, les meurtriers dissimulent les corps des victimes sous trois épaisseurs de planches et interdisent l'accès à cette partie de la route, de sorte que personne dans le village, excepté plus tard Léon Praile qui témoignera, ne soupçonne quoi que ce soit.

Vraisemblablement, il s'agissait d'un détachement de la Gestapo, section du S.D. (Sicherheitsdienst), envoyé probablement par Himmler avec les troupes d'invasion de von Rundstedt, et qui avaient pour mission « de dépister et d'exécuter les membres des mouvements de résistance ».

Les membres des cette "Compagnie spéciale d'Himmler" n'étaient pas tous des Allemands. Certains étaient étrangers à tous les officiers de la Wermacht qui logeaient au village et les témoignages parlent d'un Niçois, d'un Breton, d'un Suisse... Ces étrangers s'exprimaient en français et sans accent, et certains ne comprenaient même pas l'allemand. Cette "Compagnie spéciale d'Himmler" avait pour mission de tuer trente villageois à Bande pour venger la mort des trois Allemands en septembre 1944.

(Source: DELFOSSE A., BASYN J., GAUX P. et al., COMMISSION DES CRIMES DE GUERRE (ROYAUME DE BELGIQUE, MINISTERE DE LA JUSTICE),

Les crimes de guerre commis pendant la contre-offensive de von Rundstedt dans les Ardennes. Décembre 1944-janvier 1945. Bande, Bruxelles, 1945.)

Le 11 janvier, une patrouille de paras du 1st Canadian Parachute Battalion, accompagnée par des paras belges SAS, quitte Marche-en-Famenne, entre dans le village de Bande et découvre avec horreur les corps des 34 civils abattus d'une balle dans la nuque. Le plus jeune avait à peine 17 ans. Quelques jours plus tard, le commandant du 9th Battalion Parachute Regiment de la 6th Airborne décidait d'assurer une inhumation décente aux malheureuses victimes et de leur rendre les honneurs.

(Source texte : Guy Blockmans/OPT).

Voici les noms des victimes du massacre: André BOURGEOIS, Domia DACO, Jean de GARDE, Joseph DUCHÈNE, Octave DUCHÈNE, Fernand GIRS, Georges GIRS, André GOUVERNEUR, Florent GUISSART, Victor GUISSART, Roger HARDY, Joseph HENKINET, Gaston LAMBERT, Herman LAMBERT, Lucien LAMBERT, André LASSANCE, Fernand LASSANCE, Alphonse LEROY, Fernand MAGONETTE, Edmond MAÎTREJEAN, Georges MALEMPRÉ, Raymond MALEMPRÉ, Albert MARCHAL, Richard MARÉE, René MATAGNE, Armand MICHEL, Clément MULLER, Jules NOËL, Joseph PARMENTIER, Louis PETRON, Joseph PONCIN, Paul SMITZ, Xavier TOURNAY, Albert VOLVERT.

Un Monument, intitulé "Souviens-toi", dédié aux victimes des deux guerres mondiales a aussi été érigé au cœur du village.

 

13:07 Publié dans Livre | Tags : roman, armel job, guerre, belgique | Lien permanent | Commentaires (0)

03/09/2017

AU NOM DE TOUS LES MIENS

Martin 1.jpgQuatrième de couverture : De la guerre, le petit Martin connaîtra tout : les privations, les humiliations, la peur durant le temps passé au ghetto de Varsovie, l'horreur absolue des camps nazis à Treblinka, la fureur de vivre quand il s'en échappera caché sous un camion, l'abattement et aussi le suprême courage quand il apprendra qu'il a perdu tous les siens...

Et puisqu'il faut bien vivre, il s'engagera ensuite dans l'Armée rouge, puis partira aux Etats-Unis... Enfin la paix reviendra. Martin reconstruit alors sa vie et rencontre le grand amour en la personne de Dina. C'est dans le sud de la France, par une journée d'été éclatante, que le destin le blessera à nouveau - à mort - en décimant ceux qui lui sont le plus chers. Ce récit de vie, extraordinairement dramatique, a fait le tour du monde.

Traduit dans plus de vingt langues, adapté au cinéma par Robert Enrico (avec dans les rôles principaux Michael York et Brigitte Fossey), devenu ensuite un feuilleton, il continue à toucher des millions de lecteurs car son message de courage, mais aussi d'espérance, est universel.

 

 

 

Martin 2.jpgLes auteurs : Martin GRAY

Nationalité : États-Unis, né à  Varsovie , le 27/04/1922, mort à : Ciney , le 25/04/2016

Biographie :

Martin Gray, né Mietek Grayewski, est un écrivain franco-américain, d'origine polonaise, Juif, né à Varsovie le 27 avril 1922. Il est connu pour son livre Au nom de tous les miens, dans lequel il décrit une partie de sa vie et notamment le drame d'avoir perdu à deux reprises toute sa famille, d'abord dans les camps d'extermination nazis, puis dans l'incendie de sa maison dans le Sud de la France.

Le 1er septembre 1939, les nazis envahissent la Pologne. Martin Gray a alors dix-sept ans. Transféré dans le ghetto de Varsovie où son père travaille au Judenrat, il trouve le moyen d'en sortir en soudoyant des soldats nazis et devient ainsi un contrebandier. Plusieurs fois par jour, il fait des allers-retours pour ramener de la nourriture dans le ghetto grâce aux tramways. Lors d'une rafle, son père est attrapé pour être déporté. Grâce à ses connaissances, Martin lui sauve la vie en l'aidant à s'échapper.

Plus tard, sa mère, ses deux frères et lui-même sont déportés à Treblinka, où sa mère et ses frères sont exterminés immédiatement. Compte tenu de sa santé physique il n'est pas tué, et travaille dans divers kommandos, dont les sonderkommandos, qui sont chargés d'extraire les corps des chambres à gaz. Il réussit à s'échapper de ce secteur et à retravailler dans les secteurs de réception des déportés.

Il travaille alors dans un kommando chargé de trier le linge et de le charger dans les wagons. Il peut ainsi s'enfuir de Treblinka en se camouflant dans un wagon. De nuit, il se jette hors du train et traverse divers villages où il informe la population de ce qui se passe à Treblinka, mais personne ne le croit.

À son retour à Varsovie, il retrouve son père, qu'il croyait mort, mais qui sera abattu devant ses yeux, quelques jours après lors de l'insurrection du ghetto.

Il rejoint ensuite l'Armée rouge où il finit la guerre, et marche sur Berlin le 30 avril 1945.

Après la guerre, il décide d'aller rejoindre sa grand-mère maternelle à New York en 1947. Il s'y enrichit en vendant à des antiquaires américains des porcelaines et des lustres non antiques, qu'il fait fabriquer en Europe. Citoyen américain en 1952, il rencontre Dina en 1959 qui devient sa femme. Ils s'installent dans le Sud-Est de la France, à Tanneron, non loin de Mandelieu, où il devient exploitant agricole. Le 3 octobre 1970, lors de l'incendie du Tanneron, il perd sa femme et ses quatre enfants.

 

Martin5.jpgMax GALLO :

Nationalité : France

Né  Nice , le 07/01/1932, mort le : 19/07/2017

Biographie :

Max Gallo est un écrivain, historien et homme politique français, membre de l'Académie française depuis le 31 mai 2007.

Fils d'immigrés italiens, son père, originaire du Piémont, a quitté l'école après son certificat d'études, sa mère est originaire de la région de Parme, il vit en famille à Nice. Pendant la seconde guerre mondiale, son père rejoint la résistance. L'occupation et la libération vont marquer Max Gallo et lui donner le goût pour l'Histoire ; cependant que son père l'oriente vers des études techniques afin qu'il devienne fonctionnaire.

Il obtient d'abord un CAP de mécanicien-ajusteur, puis un baccalauréat mathématiques et technique au lycée du Parc-Impérial. À 20 ans, il entre dans la fonction publique comme technicien à la RTF, puis il part à Paris pour suivre des cours afin de devenir contrôleur technique. En parallèle, il suit des études d'histoire. En 1957, en pleine guerre d'Algérie, il fait son service militaire comme météorologiste au Bourget où, avec Jean-Pierre Coffe, il fonde un journal antimilitariste.

Reçu à Propédeutique lettres, il est maître auxiliaire à Chambéry et après l'agrégation d'histoire, en 1960, professeur au lycée Masséna. Docteur en histoire, il devient maître-assistant à l'université de Nice et en 1968, enseignant à l'Institut d'études politiques de Paris.

Écrivain à succès fécond, il a publié un grand nombre d'ouvrages, souvent à fort tirage. Ses premiers romans, qu'il qualifie de « politique-fiction », seront publiés sous pseudonyme : Max Laugham.

Dans un style littéraire qu'il appelle lui même « romans-Histoire », qui consiste à s'appuyer sur les ressources historiques en y ajoutant son expérience personnelle et son ressenti par rapport aux événements, il fait de l'histoire un roman.

 

 

Mon avis : "Martin Gray a voulu qu'un livre rende hommage à la mémoire de ceux qu'il a perdus, à la mémoire aussi de tous ceux qui ont disparu comme les siens. Son récit, recueilli par Max Gallo, est l'un des plus bouleversants qui se puissent Lire."

Si c'était un roman de fiction, j'aurais sans doute estimé que tout est un peu exagéré, ce jeune héros qui se sort de toutes les situations et qui échappe à la mort tant de fois et de quelle façon.

Pourtant c'est un récit autobiographique, un récit bouleversant, émotionnant qui ne cache rien de la barbarie de cette époque. Une barbarie décrite dans ses moindres détails, une barbarie inimaginable.

Un récit qui ne se critique pas.

Ce livre vient s'ajouter à beaucoup d'autres témoignages de la Shoah, ce n'est pas le premier que je lis, mais c'est sans doute celui qui m'a le plus bouleversé. on ne saurait trop le conseiller aux futures générations pour que toute cette horreur ne soit jamais oubliée.

C'est aussi un livre sur la volonté, l'audace et le courage, sur la fureur de vivre sans laquelle Martin Gray ne s'en serait jamais sorti.

Un récit que je ne suis pas prêt d'oublier.

Certains affirment que Martin Gray n'est jamais allé à Treblinka, certains se sont rétractés, qu'importe s'il a vécu ou non tout cela, qu'importe si Max Gallo a peut être ajouté à l'histoire, il faut retenir que tout a malheureusement existé.

 

En marge du livre : Le Ghetto de Varsovie .

http://www.vanupied.com/varsovie/varsovie-atmosphere/ghetto-de-varsovie-de-sa-creation-a-l-insurrection.html

Martin 3.gifLe ghetto se situe au centre de la ville de Varsovie. Il est initialement composé de deux parties, le grand ghetto et le petit ghetto, reliées par un pont en bois. Le tout est entouré de 18 kilomètres de murs hauts de plusieurs mètres et de fil de fer barbelé. Dans cette enceinte d’une superficie d’environ 300 hectares, on compte 128 000 habitants au km² contre 14 000 environ dans la Varsovie non juive. La population du ghetto, 381 000 personnes enregistrées en janvier 1941, atteint 439 000 en juin 1941 pour retomber à 400 000 en mai 1942. Ces différences peuvent s'expliquer par l'arrivée de nombreux réfugiés et la surmortalité qui prévaut dans le ghetto. Seul lien avec l’extérieur, un tramway réservé aux Polonais non-juifs traverse le lieu. À peu près 80 000 personnes meurent entre novembre 1940 et juillet 1942 sans déportation ni fusillade.

En été 1942 commence le « repeuplement vers l'est », qui est en fait la déportation vers le camp de TREBLINKA, situé à 80 kilomètres au nord-est de Varsovie. Lancée dans le cadre de l'Aktion Reinhard, elle débute le 22 juillet. Pendant huit semaines, entre 6 000 et 8 000 personnes sont déportées tous les jours. Les rafles se font de jour comme de nuit, aussi bien dans les habitations que dans les usines, où il est plus facile d'arrêter les Juifs. Ceux-ci sont ensuite conduits vers la Umschlagplatz, la gare de triage de Varsovie. Cette première vague de déportations vers les camps de la mort ramène la population du ghetto à 70 000 habitants.

 

15:49 Publié dans Livre | Tags : martin gray, guerre, shoah, juif | Lien permanent | Commentaires (2)

10/08/2017

AU REVOIR LÀ-HAUT (2)

J'avais publié en février 2016 mon avis concernant ce roman Pierre Lemaître, Prix Goncourt 2013 (http://mesamisleslivres.skynetblogs.be/archive/2016/02/11...). Aujourd'hui je reçois l'avis de Marie-Line, il vient compléter à bon escient la première publication.

 

Au_revoir_la_haut 0.jpgQuatrième de couverture : Rescapés du premier conflit mondial, détruits par une guerre vaine et barbare, Albert et Edouard comprennent rapidement que la pays ne pourra rien faire pour eux. Car la France, qui glorifie ses morts, est impuissante à aider les survivants.

Abandonnés, condamnés à l' exclusion, les deux amis refusent pourtant de céder à l' amertume ou au découragement. Défiant la société, l' Etat et la morale patriotique, ils imaginent une arnaque d' envergure nationale, d' une audace inouïe et d' un cynisme absolu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au_revoir_la_haut 1.jpgL'auteur : Pierre LEMAÎTRE

Pierre Lemaitre est un écrivain et scénariste français, né en 1951 à Paris.

Avant de se tourner vers l'écriture à temps plein, il enseigne aux adultes, et notamment aux bibliothécaires, la littérature française, américaine et la culture générale. Il a déjà plus de 50 ans lorsqu'il se fait connaître avec un premier roman. Il publie en 2006 "Travail soigné" aux éditions du Masque, et reçoit le Prix du premier roman du festival de Cognac. Son deuxième roman, "Robe de mariée", publié en 2009 chez Calmann-Lévy, reçoit plusieurs prix dont celui du meilleur polar francophone. L'auteur se fait remarquer par les amateurs du genre, et ses ouvrages sont des succès. Son troisième roman, "Cadres noirs" (2010), est un thriller qui reprend un fait social. Il reçoit le prix le Point du polar européen.

Par la suite, l'auteur publie coup sur coup "Alex" en 2011 chez Albin Michel (prix des lecteurs policiers du Livre de Poche), "Sacrifices" (2012), "Rosy et John" (2013). Ses polars sont reconnus à la fois par le public et la critique.

Son roman, "Au revoir là-haut" (2013), qui n'est pas un polar mais un roman picaresque, a reçu le prestigieux prix Goncourt. Pierre Lemaitre est aussi scénariste de feuilletons pour la télévision.

 

L'avis de Marie-Line :

Qu'écrire de plus qui n'a déjà été écrit sur ce roman? Et bien, disons qu'il m'a fallu plus d'1 an pour le lire! Commencé dix fois, dix fois il m'est tombé des mains, parce que le début du roman est très lent, au point qu'il m'a été difficile de m'attacher au moindre personnage. Et donc, "Au revoir là-haut a traîné longtemps sur la table de chevet sans m'appeler. Et puis, le Goncourt, les critiques dithyrambiques, les proches qui s'étonnent de ne pas me voir dévorer "ce livre exceptionnel", les "tu vas voir, Lemaître dénonce quand même quelque chose de scandaleux"... ont continué à titiller ma curiosité et j'ai repris ma lecture.

Et oui, c'est un roman intéressant, oui c'est bien écrit, oui il donne matière à réflexion, pourtant il a fallu plus de 200 pages avant que cette histoire m'accroche, avant que les personnages me touchent! Mais, à partir du moment où il fait mouche, ce roman vous happe et c'est vertigineux.

Je me réjouis de voir l'adaptation qu'en aura faite Albert Dupontel au cinéma!

 

Au_revoir_la_haut 2.jpghttps://youtu.be/mMVyKFjhMQE

        

 

 

 

 

 

En marge du roman:

Au_revoir_la_haut 3.jpgAu cœur de ce roman, deux scandales. Mais si l’un, une escroquerie aux monuments aux morts, est fictif, l’autre a bel et bien été inspiré par des faits véridiques survenus en 1920 et 1921. En cause : des milliers d’exhumations illégales de soldats morts au combat…

Les exhumations illicites des corps ont lieu en 1920 et 1921, le plus souvent exécutées par des personnes non formées à ce type de tâche. À l’absence de compétences se mêlent également des pratiques peu scrupuleuses, et même carrément scandaleuses : les familles veulent un corps, on leur en fournit un, et peu importe que le poilu exhumé ne soit pas le bon ! Encore plus choquant : les dépouilles, exhumées en général rapidement et sans trop de précautions en pleine nuit, ne sont parfois pas complètes, ou combinent les restes de morts différents ensevelis dans une même fosse lors des combats. Comble du cynisme, il arrive que les moins scrupuleux des entrepreneurs ou de leurs hommes de main ajoutent du sable dans les cercueils pour faire le poids. Le transport lui-même donne lieu à des mésaventures macabres comme le montre dans sa thèse Béatrix Pau en rapportant cette anecdote : « Sur une route départementale à six kilomètres de Compiègne, alors qu’un camion emportait à vive allure deux corps exhumés clandestinement, les cercueils tombèrent, par suite des cahots. Sous le choc, les bières se brisèrent et les ossements, désormais mélangés, furent éparpillés sur le chemin. Comme il faisait nuit noire, le conducteur ne ramassa pas les débris humains et prit la fuite. Les dépouilles furent découvertes et recueillies par le service de l’état-civil aux armées 12 heures plus tard. Or, en raison de l’état des cercueils et de la dispersion des ossements, il fut certainement impossible au service de l’état-civil d’identifier les corps qui, de facto, devinrent inconnus. »

Conformément à la loi de décembre 1915 instituant la création des grands cimetières militaires destinés à regrouper les poilus inhumés dans les multiples cimetières de fortune du front, ce sont au total les restes de 960 000 corps qui, en 1924, auront été exhumés par les autorités. Environ 240 000 ont été rendus aux familles, les autres étant ré-inhumés dans les nouvelles nécropoles. Entretemps, la loi du 29 octobre 1921 avait institué, aux frais de l’État, le droit au pèlerinage annuel pour les familles désireuses de se rendre sur la tombe de leur parent inhumé dans une sépulture perpétuelle (un droit qui, en 2014, est toujours en vigueur). Combien de soldats ont été exhumés illégalement durant ces années ? Impossible de le dire, mais le nombre s’élève sans doute à plusieurs milliers n’appartenant pas tous, loin s’en faut, à des familles aisées capables de supporter le coût de ces transferts illicites.

Malgré les menaces judiciaires qui, conformément à la loi, ont pesé sur ces parents, très peu de poursuites ont été engagées, les acteurs de la justice s’étant montrés sensibles à la détresse des familles. Il y a pourtant bien eu, ici et là, des « mercantis de la mort » et des parents condamnés, principalement à des amendes, mais ils ont été peu nombreux et ces condamnations ont principalement été prononcées lorsque les exhumations ont été faites dans des conditions telles qu’elles ont abouti, dans certaines fosses, à des mélanges des restes humains interdisant de facto toute identification sérieuse des corps demeurant inhumés.

Source : racontemoi1418.fr